II. LA MÉTHODE
terme impliquant plus d’une idée essentielle, bi, en effet, un terme implique plus qu’une idée essentielle, la généralité de la conception ou de l’axiome est limitée, ce qui est contraire à la première règle. Pour ramener l’économie politique à l’état de science exacte, nous devons donc examiner avec soin toutes ses conceptions, tous ses axiomes, les ramener à la simplicité et à la généralité prescrites par les règles précédentes et, si nous en rencontrons qui violent lesdites règles, en contenant plusieurs idées, appliquer les principes généraux de la logique d’induction à découvrir quelle est la seule vraie idée générale, et éliminer tout le reste.
C’est de ce point de vue que M. Macleod se sert de la loi de continuité pour déterminer la nature d’un élément économique, ou, eu d autres termes, poui définii
la richesse.
Toute "rande science est fondée sur une seule idée ou (lualité, qui doit offrir une grande généralité; et chaque quantité qui possède cette qualité est dans cette s«*ience un élément, quelle que soit sa nature, ou quelques autres qualités qu’elle possède. Car toute substance qui possède des qualités diverses, peut être un élément dans autant de sciences qu’elle a de qualités. Et des qualités isolées peuvent exister dans des quantités de la nature la plus différente. Il arrive ainsi que toute science offre des éléments de la plus grande diversité de forme et de nature.
Ainsi la science de l’arithmétique ou de l’algèbre est celle du nombre ou de la mesure ; et eu conséquence tout ce qui peut être énuméré ou mesuré, est un élément arithmétique ou algébrique. Des quantités des natures les plus diverses rentrent dans le domaine de l’algèbre ou de l’arithmétique, simplement parce qu’elles sont susceptibles d’être mesurées. Le temps, l’espace, la rapidité, toutes sortes de substances matérielles qui n’ont pas d’autres pro-
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piiétés en conmiun que la possibilité d’être mesurées, sont également des éléments algébriques.
De même la science de la mécanique, sous sa forme la plus générale, a pour objet les forces. Et ces forces offient les natures et les lonnes les plus diverses, et ne s accordent qu’en ce point que leurs effets peuvent être calculés. Ladéliiiilion générale des forces en mécanique, c’est tout ce qui cause ou tend à causer du mouvement. Quelquesunes sont immatérielles, invisibles, impalpables, telles que la gravité. D’autres peuvent être matérielles, comme le bras de l’iiomme, les animaux, ou un cours d’eau. 11 y a la force du vent et celle de la vapeur. Certaines sont explosibles, comme la poudre à canon. Toutes ces forces, des natures les plus diverses, constituent des éléments méca-^ niques, parce que toutes satisfont à la définition générale de la force eu mécanique.
11 en est de môme encore en chimie, science de la combinaison des corps; on y trouve des éléments des natures les plus diverses, solides, liquides et aériformes.
L’économie politique est la science des valeurs ou des échanges ; et les économistes admettent que le caractère de la ricliesseest le pouvoir d’être échangée. Elle repose exclusivement sur l’idée de l’échange, et dès lors, par analogie avec les sciences physiques, tout ce qui peut être échangées! un élément économique, de (juelque nature qu il soit, matériel ou immatériel, dui’able ou éphémère. Nous avons ainsi en économie politique la conception fondamentale, que tout ce qui peut être échangé séparément est un élément économique ou une richesse; et la totalitédeséléments économiques constitue la richesse du pays, le domaine delà science. Voici donc le critérium d’unélérnentéconomique: «Peut-il être évalué? Peut-il être échangé pour quelque chose?» Ce critérium paraît bien simple, et il comporte une adhésion générale. Cependant son application réclame,
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en beaucoup de cas, un jugement éclairé, et il donnela clef de l’erreur de projets de monnaie, spécieux mais funestes, qui ont produit les plus terribles catastrophes.
De même que dans les sciences physiques, nous nous attendons naturellement à trouver des éléments économiques d’une grande variété de formes et de natures, qui ne possèdent de qualité commune que celle d’être mesurée sous le rapport de leur valeur. Quelques-uns sont matériels et durables; quelques-uns sont matériels aussi, mais périssables, d’autres également matériels, dont ITisage implique destruction. 11 y a des éléments immatériels, qui périssent à l’usage, tels que musique, leçons de toute sorte ; d’autres de même nature, qui durent seulement un temps limité, tels que instruments de crédit, propriété littéraire, brevets d’invention ; d’autres qui ne contiennent en eux aucun principe de destruction, tels que fonds publics , parts dans des compagnies commerciales, rentes territoriales, clientèle d’une industrie. Chacun de ces objets est un élément économique ou une richesse, tant qu’il existe et qu’il peut être échangé.
La même substance matérielle est un élément dans autant de sciences qu’elle possède de qualités. Un homme, par exemple, est un élément arithmétique, parce qu’il peut être compté. Il est un élément mécanique, parce qu’il est capable de déployer de la force. Il est un élément chimique, parce que son corps se compose d’éléments en combinaison. Il est un élément économique, parce qu’il peut être évalué ; dans les pays à esclaves il peut être vendu comme du bétail; dans les pays libres ses services de toute espèce peuvent être évalués en argent. Les habitants d un pays font, par conséquent, partie de sa richesse, ou, comme le dit Adam Smith, de son capital fixe.
D’un autre côté, ce qui ne peut être évalué n’est pas un élément économique. Le temps, par exemple, n’en est pas
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un, parce qu’il ne peut être ni acheté ni vendu, la rapidité non plus; mais bien l’espace, parce qu’il peut être vendu et acheté.
La loi de continuité met à même d’éliminer les éléments étrangers, qui ont été quelquefois considérés comme nécessaires à la définition de la richesse. Quelques écrivains, par exemple, ont compliqué cette définition par d’autres idées, telles que le travail, la matérialité, la durée, l’utilité.
En ce qui touche le travail, il est hors de doute que différentes quantités de travail n’affectent nullement les valeurs des articles de mêmes qualités. Si un homme met dix minutes à trouver un morceau d’or, et un autre une année à en trouver un semblable, il n’en résultera dans leur, valeur aucune différence. De même il importe peu sous ce rapport que la découverte d’un diamant ait demandé le travail d’une heure, d’un jour, d’une semaine, d’un mois ou d’une ou plusieurs années. Différents degrés de travail n’ont donc pas d’influence sur la valeur. D’après la loi de continuité, ce qui est vrai jusqu’à la limite est vrai à la limite elle-même; et puisque différents degrés de travail n’affectent pas la valeur, si l’on réduit le travail à zéro, la même doctrine sera vraie, et par suite le travail doit être éliminé de la définition de la richesse.
On remarque, en outre, que beaucoup de choses sont obtenues avec un certain travail, et cependant sont sans valeur, par exemple, la coquille de l’huître où la perle est trouvée, et le déchet de diamant, qui n’ont aucune valeur, bien qu’obtenus avec le même travail que la perle et le diamant.
Il y a aussi beaucoup de choses qui possèdent de la valeur, sans avoir été l’objet d’aucun travail, tels que les instruments de crédit, les tei rains dans les villes.
Ainsi le travail n’est pas l’essence, il n’est que l’accident