II. LA MÉTHODE
moins sa valeur. La consommation est improductive quand un article est détruit sans que la valeur en soit remplacée. La première correspond à ce que Smith appelle capital et la seconde au revenu. Quelques citations de Say à ce sujet montrent que cette assimilation de a consommation productive au capital a entraîné Say dans une singulière confusion d’idées. « Voilà les absurdités, s’écrie M. Macleod après avoir en effet réduit Say à 1 absurde, où des hommes de mérite sont emportés par l’intelligence du sens d’un terme scientifique ! »
Say, trailant ensuite des différentes sortes de consoinmation, dont il fait des dépenses, y range les impôts et les dépenses publiques. Or, il est évident que ce ne sont là que des échanges tout aussi bien que des échanges de marchandises. L’armée et l’administration sont rétii-
buées en échange de services rendus.
Ricardo garde le silence sur la consommation. Malthus la définit la destruction totale ou partielle des richesses. Mac Cullocli en fait I annihilation des qualités qui rendent les marchandises utiles ou désirables. M. Senior a présenté à ce sujet les observations ci-après : « Il est vrai que la plupart des choses qui se produisent sont détruites ; mais nous n’admettons pas qu’elles soient produites afin qu’on les détruise. Elles sont produites pour être employées. La destruction est attachée à leur usage ; mais non-seulement elle n’est pas cherchée, elle est évitée au contraire autant que possible. En fait il y a des objets qui ne comportent pas de destruction, sauf par suite d un accident. Une statue, une médaille, une pierre précieuse peuvent être conservées durant des siècles sans détérioration apparente. D’autres articles, par exemple les aliments et les combustibles, périssent dans le moment même où l’on s’en sert, et comme ce sont les marchandises les plus importantes, le mot de consommation a été pris dans
un sens général pour exprimer l’usage de toute chose. Mais la masse des marchandises se détruit par ces agents nombreux que nous appelons le temps et dont nous essayons de retarder l’action. S’il est vrai que la consommation soit l’objet de la production, 1 habitant d une maison peut être appelé son consommateur; mais il serait singulier de l’appeler son destructeur, puisque, incontestablement, la maison serait plus tôt détruite, si elle était inhabitée. Une amélioration serait apportée à la langue de l’économie politique, si 1 on substituait le mot
employer h. celui de consommer. »
M. Senior, en remarquant que la consommation ne peut signifier destruction, a parfaitement raison, d abord parce qu’il est faux que tous les articles soient produits en vue de leur destruction, puis parce que l’économie politique n’a rien à faire avec la destruction des choses. La proposition qu’il fait de substituer usage à destruction est repoussée par le dernier motif, bien qu’elle soit justifiée parle premier. Les choses sont produites pour être employées; mais l’économie politique ne s’occupe pas de cet emploi. Page 14, M. Senior reconnaît que le mot consommation est quelquefois usité comme synonyme de demande.
M. J. St. xMill a bien compris que la destruction des choses ne fait pas partie de l’économie politique; il n a traité en conséquence dans aucune partie de son ouvrage la consommation, qu’il prend d’ailleurs dans le sens de destruction.
Quel est donc le sens du mot consommation ? 11 est convenu qu’il sert de corrélatif à celui de production et que le but de la production est la consommation. Or, il est visible que si production signifie création et consommation, destruction de valeur, la proposition ne peut plus subsister. 11 est entièrement faux que toutes les valeurs soient créées en vue d’être détruites ; il n’est donc pas