LES PRÉCÉDENTS
En enseignant, en démontrant de nouvelles doctrines, pour lesquelles il n’a pas eu de maître, M. Macleod a cru devoir chercher des précédents, soit pour y ajouter de l’autorité, soit pour reconnaître les titres de quelques devanciers. 11 en a trouvé de remarquables dans les temps
5 anciens et dans les temps modernes.
' L’antiquité lui fournit, dans les beaux jours de la phi-
losophie grecque, les noms illustres de Socrate et d’Aristote. Un dialogue, intitulé Enjxias ou de la richesse, est ; attribué à un Eschine, dit le Socratique ; quel qu’en soit
l’auteur, il ne peut appartenir qu’à l’école de Socrate, et exprimer les idées de ce grand esprit, qui seul pouvait ! alors avoir de pareilles idées. Ce dialogue, peu connu,
dont M. Macleod donne dans son dictionnaire un extrait étendu, a pour prétexte le retour de Sicile d ambassadeurs athéniens, qui, causant avec Socrate, mentionnent liommes riches qu ils ont vus en Sicile. Le philosophe, à cette occasion, porte la conversation sur la nature de la richesse ; Eryxias est le nom de son interlocuteur.
Socrate. — Il reste à examiner ce que c’est que la richesse ; car si nous ne le savons, nous serons hors d état de nous entendre sur ce qu’elle a de mauvais et de bon. Je suis prêt à traiter ce sujet avec vous le mieux que je ï pourrai. Que celui qui dit que la richesse est une bonne
i chose, s’explique à cet égard. ''
Eryxias. — Mais je ne puis, ô Socrate, définir la ri-
j chesse mieux que d’autres ne le font. Posséder beaucoup
d’argent, c’est être riche. Et je pense cjue Crilias ne croit
pas que la richesse soit autre chose.
Socrate. — 11 y a cependant à s’occuper de quelle
sorte de monnaie nous voulons parler, afin que nous ne paraissions pas bientôt en désaccord. Les Carthaginois, par exemple, se servent d’une monnaie particulière; dans un petit morceau de cuir est enfermé quelque chose de la dimension d’un statère, mais scellé de manière que personne ne sache ce que c’est, excepté ceux qui ont fait ces objets. C’est pour eux de l’argent, et celui qui en possède le plus, est réputé le plus riche. Mais si quelqu’un de nous en possédait la plus grande quantité possible, il ne nous paraîtrait pas plus riche que s’il avait entre les mains autant de cailloux pris sur la hauteur. A. Lacédémone, on se sert pour monnaie d’un morceau de fer sans usage; celui qui en possède une grande masse, est estimé riche; mais partout ailleurs une pareille propriété serait dénuée de valeur. En Ethiopie on emploie des pierres taillées dont unLacédémoniennepourrait pas faire usage. Chez les nomades de la Scythie, quelqu’un qui posséderait la maison de Polytion, ne serait pas réputé plus riche que chez nous quelqu’un qui posséderait Lycabettus. Ainsi les mêmes choses n’ont pas la même valeur pour tous, elles diffèrent pour différents individus. Si nous voulons nous expliquer pourquoi les maisons ne sont pas de la richesse chez les Sc\thes, et en sont chez nous, pourquoi les morceaux de cuir sont de la richesse pour les Carthaginois et non pour nous, pourquoi le fer est de la richesse pour les Lacédémoniens et non pour nous, voici comment nous y parviendrons. Si quelqu’un à Athènes possédait mille talents, mesure de poids d’une pierre dont nous ne faisons aucun usage, passerait-il pour riche à ce titre?
Eryxias. — Je ne le pense pas.
Socrate. — Mais s’il acquérait la propriété de mille