‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 108 sur 187 · III. LES PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

III. LES PRÉCÉDENTS

talents de la pierre Lichnite, l’estimerions -nous trèsriche ?

Eryxias. — Certainement !

Socrate. — IS’est-ce pas parce que l’une de ces pierres nous est utile et que l’autre ne l’est pas?

Eryxias. — Oui.

Socrate. — N’est-ce pas aussi que les maisons ne sont pas de la richesse pour les Scythes, parce qu’ils n’en ont pas besoin? Aucun Scythe ne préférerait une maison, quelque belle qu’elle fût, à une peau de mouton, la peau de mouton lui étant utile et la maison ne le lui étant pas. De môme nous ne considérons pas comme de la richesse la monnaie carthaginoise ; car nous ne pouvons acheter avec elle ce dont nous avons besoin, comme nous le faisons avec de l’argent ; elle nous est donc inutile.

Eryxias. — C’est ce qu’il me paraît.

Socrate. — Ce qui nous est utile est donc de la richesse, et ce qui nous est inutile n’en est pas.

Eryxias. — Eh quoi! Socrate, est-ce qu’il n’y a pas quelque chose d’utile dans nos causeries, dans nos études et dans beaucoup d’autres choses? Est-ce qu’elles sont pour nous de la richesse, ces choses qui nous paraissent utiles? Mais nous ne voyons pas encore clairement ce qu’est la richesse. Nous sommes d’accord que, pour qu’une chose soit richesse, elle doit être utile; mais de quelle sorte de choses utiles s’agit-il, puisque toute espèce de choses utiles n’est pas richesse ?

Socrate. — Nous allons envisager ce point de vue de la question. Qu’est-ce que nous utilisons comme richesse ? Des médicaments, par exemple, pour guérir nos maladies. Si nous n’avions pas de maladies, ou si elles se guérissaient toutes seules, nous n’aurions pas besoin de médicaments, de l’art des médecins. Si nous pouvions vivre sans boire ni manger, si nous n’avions ni faim ni soif, aurions-nous be-

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soin de nourriture et de boisson, d argent ou de quelque autre chose, pour les acheter?

Eryxias. — Je ne le pense pas.

Socrate. — N’en est-il pas de même d’autres choses? Si nous n’avions pas besoin pour notre corps des satisfactions qu’actuellement il réclame, ce que nous appelons richesse ou utilité, ne nous serait pas nécessaire. Si la possession de la richesse est utile pour satisfaire les besoins de notre corps, et que ces besoins cessent d’exister, nous n’aurons pas d’emploi pour la richesse, et peut-être la richesse elle-même n’existerait pas.

Eryxias. — C’est probable.

Socrate. — Il nous paraît donc évident que les choses qui sont utiles pour satisfaire les besoins sont de la richesse.

Si un moment nous pouvions, sans or ou sans argent, ou sans autres objets tels que la nourriture et la boisson, les vêtements, les lits, les maisons, satisfaire les besoins de notre corps, de manière à pouvoir nous en passer, aucun de ces objets ne nous serait utile a cet effet.

Eryxias. — Ils ne le seraient plus.

Socrate. — Ces objets ne seraient plus à nos yeux des richesses ; mais ceux-là en seraient, par lesquels nous

obtiendrions ce qui nous serait utile.

Eryxias. — Socrate, je ne pourrai jamais croire que l’or et l’argent, et d’autres objets analogues, ne ^ient pas des richesses. Car je suis bien convaincu que les choses qui nous sont inutiles ne sont pas des richesses, de sorte que ce qui nous est le plus utile c est la richesse. Mais je ne suis pas sûr que ces choses ne nous deviennent pas utiles dans la vie, si, par leur moyen, nous obtenons ce qui

nous est nécessaire.

Socrate. — Comment réglerons-nous ce point ? Certains individus qui enseignent la musique, la lecture et d’autres connaissances, sont- ils assurés d’obtenir, en

III. LES PRÉCÉDENTS, échange de ces leçons, à titre de rémunération, les nécessités de la vie?

Eryxias. — Sans doute.

Socrate. — Par conséquent ils peuvent vivre par leur science en l’échangeant pour des articles de nécessité comme de l’or et de l’argent.

Eryxias. — J’en conviens.

Socrate. — S’ils gagnent ainsi de quoi vivre, leur science leur est utile. Car nous disons que l’argent nous est utile en nous permettant d’acquérir ce qui nous est

nécessaire pour vivre.

Eryxias. — C’est la vérité.

Socrate. — Si les sciences ont cette utilité, elles sont pour nous des richesses, par la même raison que l’or et l’argent ; et il est évident que ceux qui les possèdent sont

ricli6s •

Dans ce traité, le plus ancien qui existe sur l’économie politique, M. Macleod retrouve quelques-unes des conceptions fondamentales de la science. L auteur a compris que la valeur consiste dans la faculté d’échanger, que toute valeur est locale, et que toute chose qui possède la faculté d’échanger possède de la valeur, quelle que soit sa nature, ou quelle que soit la sphère dans laquelle elle peut s’échanger. Ces principes sont la base même de la science, et c’est leur incomplète intelligence qui explique 1 état d’imperfection où elle a été jusqu’à présent. L’auteur du dialogue, en outre, a vu ce que n’ont vu ni Adam Smith ni Ricardo, que les sciences constituent des propriétés, qui produisent la richessepour les individus qui les professent.

M. Macleod reproduit également dans son Dictionnaire de nombreux passages d’Aristote concernant 1 économie politique. Ils sont intéressants, comme les tâtonnements du début ; mais, de même que le dialogue précédent, ils en offrent les conceptions fondamentales de la science.

e) g EXPOSÉ GÉNÉRAL.

Aristote, en effet, donne cette définition: « La richesse e: t tout ce dont la valeur peut être mesurée en argent ; » et! qui est la conception essentielle et complète du sujet. Cîtte définition embrasse tout ce que les économistes les P us avancés ont compris sous le mot de richesse, nonseulement la richesse matérielle, où se sont renfermés A dam Smith et Ricardo, mais aussi les facultés intellectuelles dont on peut tirer parti, et qui ont été admises par J. B. Say, M. Senior et J. St. Mill; elle embrasse en outre les instruments de crédit, les payements ajournés et l>,s annuités. Toute la science est donc impliquée d'ans I ne exacte interprétation de la formule d’Aristote.

Aristote a compris que la valeur n’est pas urie qualité iitrinsèque, mais un rapport extérieur. Et c’est là la hase solide sur laquelle l’économie politi(jue doit être hûtie. C’est le grand et premier principe qui doit toujours « tre observé dans toutes les controverses, et dont l’oubli

rst la source principale des erreurs.

Aristote vit aussi que l’origine de la valeur était la nécessité, le besoin de l’acheteur, la demande dans la langue de la science moderne ; que la mesure de la valeur t'îtait le degré de ce besoin ou l’intensité de cette demande, lit qu’elle^était opérée au moyen de l’argent. Mais sur ce joint sa doctrine est insuffisante, en ce que, s il est parùitement vrai que la demande est l’origine de la valeur, ly a un autre élément qui règle l’importance de la valeur, -’est la concurrence qui se forme pour satisfaire à la demande. Elle ne contient ici qu’une partie de la vérité et Qon la vérité tout entière.

Bien qu’Aristote ait qualifié la monnaie de moyen d tchange, il a compris qu’elle servait à rendre possibles les transactions opérées sans échange de marchandises, qu’elle représentait des services pour lesquels quelque marchandise restait due. « En vue d’un échange futur, si nous

lit. LES PRÉCÉDENTS.

n’avons pas besoin d’un échange immédiat, la monnaie est comme notre garantie, que nous pourrons 1 effectuer quand nous en aurons besoin. » C’est la conception que, sauf une légère différence de langage, M. Macleod a établie comme la véritable base de la théorie de la monnaie, c’est la monnaie représentant la dette, ou le billet à ordre universel payable à la volonté du porteur.

Aristote comprit encore qu’en ce qui touche la science économique, le travail de l’homme doit être classé parmi les instruments, un instrument, sans doute, supérieur à tous les autres, mais toujours un instrument. Dans la langue moderne, c’est une espèce de capital, et sa valeur est soumise aux mêmes lois qui régissent les autres marchandises.

Après avoir rappelé ces premières notions de la science économique’ si longtemps négligées, M. Macleod fait cette remarque : « Bacon dit qu’il y a dans le temps des déserts aussi bien que sur le globe. On trouve aussi des déserts dans l’intelligence humaine, et la science fut une de ces régions stériles dans l’intelligence des anciens, si féconde et si riche pour les œuvres de l’imagination. Tous ces germes de vérités, semés par Aristote, sont tombés sur cette région aride et sont restés deux mille ans stériles avant de se développer et de porter des fruits au sein de la civilisation moderne. » On ne doit pas omettre, d’ailleurs, que les idées d’Aristote étaient empreintes de dogmatisme, d’arbitraire et de distinctions subtiles, qui contribuèrent tant à retarder la marche de la philosophie ancienne. Il soutient, par exemple, que les dons de la nature sont 1 unique source de la richesse, et professe une aversion décidée pour le commerce. Il est l’auteur du sophisme désastreux que le prêt à intérêt serait une opération détestable et contraire à la nature. Malgré de pareilles énormités, on ne doit pas moins voir en lui le père de l’économie poli-

ti([ue ; et, chose cligne de remarque, c’est dans ses ouvrages qu’on en trouve pour la première fois le nom.

Les temps modernes offrent quelques hommes dignes d’ètre mentionnés. Dès 1696, en Angleterre, 1 auteur d’an pamphlet cjui défendait contre Locke une thèse mo— n'itaire des plus malheureuses, Nicolas Barbon, montrait u le rare intelligence de la nature de la valeur. Il comp -enait clairement que la valeur est le rapport d’une chose à d’autres et que rien ne peut avoir une valeur intrinsèque.

Un autre Anglais, Samuel Bailey, publia en 1825 un ex- C( lient opuscule, ayant pour titre : Dissertation sur la natire, les mesures et les causes de la valeur. Il y signale avec clarté et vigueur les erreurs et les contradictions de 1 école r< gnante au sujet de la valeur. G est un des premiers écrits qui fasse revivre et qui soutienne la doctrine d’Arist(.te, que la valeur est un rapport extérieur et non une qualité intérieure, deux choses qui s excluent. M. Macleod aualyse avec détail cet opuscule, qui n’a pas été connu j isqu’ici autant qu’il le méritait, et il en donne des extraits. I n voici un, où ressort un esprit aussi ingénieux que j iste. Adoptant la définition d’Adam Smith, que la valeur c ’un objet exprime le pouvoir d’acheter d autres marchandises, Samuel Bailey s’exprime ainsi :

«D’après celte définition, la comparaison de deux obj3ts est essentielle à la valeur. La valeur ne peut être attribuée aune chose envisagée isolément et sans rapport c vec une autre. Si la valeur d un objet est sa faculté d a— cheter, il faut qu’il ait à acheter quelque chose. La valeur, J ar conséquent, n’exprime rien Aq positif ou iV intrinsèque, nais purement et simplement le rapport de deux objets 1 un vis-à-vis de l’autre comme marchandises à échanger.

« Par cette circonstance qu’elle exprime un rapport en- Ire deux objets, et ne peut être attribuée à une marchan- ( ise sans mention expresse ou implicite d’une autre, la

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