III. LES précédents
valeur ressemble à la distance. De même que nous ne pouvons parler de la distance d’un objet, sans supposer un autre objet ayant avec le premier cette relation, nous ne pouvons parler de la valeur d’une marchandise que par rapport à une autre qui lui est comparée. Une chose ne peut être évaluée en elle-même, indépendamment d une autre, pas plus qu’elle ne peut avoir par elle-même une
distance.
« 11 résulte de cette idée de la valeur comme rapport, qu’un des objets comparés ne peut éprouver une altération de valeur que l’autre n’en éprouve également. Il serait absurde de supposer que la valeur de A à B changeât et non celle de B à A. Il serait tout aussi absurde de supposer que la distance de la terre au soleil changeât, tandis que la distance du soleil à la lune resterait la même. »
M. Bailey, par cette analyse de la valeur et de la distance, fait ressortir tout ce qu’il y a de faux dans la doctrine de Malthus qui admet une valeur invariable, absolue.
« Le seul terme de valeur absolue, dit-il, implique la même absurdité qu’une distance absolue. » 11 ajoute que la valeur invariable d’un objet au milieu des variations des autres est une notion aussi contradictoire que la ressemblance invariable de la peinture d un paysage au milieu des vicissitudes des saisons et des atteintes du temps.
Le même auteur reconnaît que la source de la valeur réside dans V intelliqence et non dans le travail, comme l’enseignait l’école régnante. « La valeur, dit-il, bien que formant un rapport entre deux objets extérieurs, implique un sentiment ou un état de l’intelligence qui se manifeste par une résolution de la volonté. Cet état de 1 intelligence peut résulter de diverses considérations relatives aux marchandises échangeables. » M. Macleod approuve en ce point M. Bailey ; mais lorsque celui-ci ajoute : « Les cir- \ constances qui déterminent ces considérations sont des
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Ce uses que l’économiste doit rechercher; » il fait observer que les causes qui agissent sur l’intelligence ne rentrent pi s dans le domaine de l’économie politique. Possédant sa force motrice, l’économiste n’a plus à se préoccuper du reste, pas plus que l’ingénieur ne se préoccupe des Ce uses chimiques de la force de la vapeur, ou l’astronome des causes métaphysiques de la gravité. Chacune de c(s recherches appartient à une science supérieure, et il e.‘ t indispensable que les sciences soient convenablement s(: parées. La question des causes des considérations qui agissent sur l’intelligence appartient à la science de la morale, et non à celle de l’économie politique.
Une autre citation de M. Bailey montre, en mentionn int l’étrange opinion de M. James Mill, depuis adoptée pirM. Mac-Culloch, jusqu’où peut aller l’égarement de l’esprit de sjstème : «L’auteur des Eléments d'économie pditiqiæ a fait une bizarre tentative pour résoudre les eïets du temps en emploi de travail.
«Si, dit-il, le vin enfermé dans une cave augmente en vileur d’un dixième pour avoir été gardé un an, un dixième de travail en plus peut être régulièrement considéré c 3mme y ayant été employé. Or, s’il est une proposition incDntestable, c’est celle qu’un fait peut être régulièrement considéré comme ayant eu lieu, lorsqu’il a eu lieu effecti- * vement. Dans les cas dont il s’agit, nul homme ne s’est ap-
proché du vin et n’y a donné un moment de travail. Par . onséquent, on ne peut dire qu’un dixième de travail en
P lus a été employé, à moins qu’on ne doive regarder comme . ayant eu lieu ce qui n’est jamais arrivé. » M. Bailey, en-
fin, fait connaître que le mot de valeur aété employé dans si'pt significations parRicardo, habituellement si vanté par l’usage conséquent qu’il faisait de ce mot important.
Tout en faisant de cet écrit un vif éloge , M. Macleod eiprime la crainte que la meilleure critique , qui ne fait
m. LES PRÉCÉDENTS.
que détruire, ne soit exposée à l’oubli. « Un ouvrage vivace, dit-il, doit construire. Celui de Ricardo a vécu, tout erroné qu’il fût, parce qu’il construisit; et il ne peut être renversé que par un autre ouvrage qui construise sur des
principes opposés. »
Un tel édifice aurait pu être élevé par un théologien anglais, dans lequel se trouvait un grand économiste, 1 archevêque Wliately. Cet homme éminent a fait ressortir avec éclat, en 1831, l’erreur capitale de 1 école régnante, et jeté ainsi les bases d’un nouveau système d économie politique. Dans un seul paragraphe il a renversé de fond en comble l’économie politique d Adam Smith, de Ri— cardo et de Mac-Culloch. Ce paragraphe contient le germe d’innovations profondes; mais il n’a pas été donné à Whately d’achever cette œuvre, réservée pour M. Macleod, qui lui-même l’avait conçue avant de connaître les écrits de son prédécesseur.
La même œuvre avait été exécutée en France au siècle dernier, aussi bien que le comportait celte époque, par un métaphysicien célèbre, qui, tout en professant en économie politique quelques-unes des idées des physiocrates, leva contre eux le drapeau de l’opposition par un livre original. Il s’agit de notre compatriote Cond.illac, resté dans l’ombre jusqu’à présent comme économiste, et tout
récemment révélé par M. Macleod,
Condillac offre déjà à M. Macleod un intérêt d’un ordre général, comme ayant, sur les traces de Bacon et de Locke, insisté avec force sur l'importance de fixer et de préciser, avec la dernière rigueur, avec l’exactitude de la langue de l’algèbre, la langue des autres sciences. Mais il est pour lui un grand économiste par l’ouvrage qu’il publia en 1776, l’année où parut la Richesse des Nations, et qui a pour titre : Le Commerce et le Gouvernement considérés relativement l’un à l’autre. M. Macleod en donne une ana-
lyse étendue dans la proportion du prix (|u’il y attache. Comme 1 ouvrage est d’un facile accès pour les lecteurs dans la collection des Principaux économistes^ je me bornerai à reproduire le commencement de cette analyse, qui porte sur les points fondamentaux.
Condillac avait 1 intention de publier un livre en trois parties. La première explique les phénomènes du commerce ou des échanges, considérés comme formant l’économie politique; la seconde traite des relations du commerce avec le gouvernement. La troisième devait contenir des exemples pratiques destinés à mettre en relief les principes développés dans les deux premières parties. Elle n’a pas été exécutée.
Son livre commence par des recherches sur le fondement de la valeur des choses, et prouve qu’elle tire son origine des besoins et des désirs des hommes. Les choses qui satisfont quelque besoin ont de l’utilité; et ce besoin, cette estime des choses, s appelle valeur. A mesure qu’une population se fera de nouveaux besoins, elle apprendra à employer à ses usages des choses dont elle ne faisait rien. Elle donnera donc de la valeur à des choses auxquelles au- )ara\ant elle n en donnait pas. Dans l’abondance on sent noins le besoin , parce qu’on ne craint pas de manquer.
• »ar une raison contraire, ou le sent davantage dans la raleté et dans la disette. Il s’ensuit que la valeur des choses ( roît dans la rareté et diminue dans l’abondance. Elle J eut même, durant l’abondance, diminuer au point dede- ^enir nulle; au contraire, durant la disette, elle peut s’ac- (roître indéfiniment. Les variations des besoins donnent 1 eu ainsi aux variations de la valeur. Quelque abondante que soit une chose, elle aura une valeur même minime , t int que nous en aurons besoin. Même, sur le bord d’un fleu^e, I eau a une valeur, mais la plus petite possible. Mais, dans certains cas, un voyageur donnerait cent louis d’un