III. LES PRÉCÉDENTS
pas de demande pour le surplus dans la localité où il a été produit, il n’aurait pas eu de valeur; mais quand il est transporté là où on le demande , il acquiert une
valeur.
De la sorte, le commerce augmente la masse des richesses. Il est vrai que c’est la terre seule qui produit toutes choses; elle est donc l’unique source de toutes les richesses. Le cultivateur multiplie leschoses à notre usage en labourant la terre. Mais que devons-nous aux maichands ou commerçants, si, comme tout le monde le suppose, on échange toujours une production d une valeui égale contre une autre production d une valeur égale? S il en est ainsi, on aura beau multiplier les échanges, il y aura toujours la même masse de richesses. Mais il est faux que dans les échanges on donne toujours valeur égale pour, valeur égale. Au contraire, chacun des contractants en donne toujours une moindre pour une plus grande. Si on échangeait toujours valeur égale pour valeur égale, il n’y aurait de gain à faire pour aucun des contractants; or tous deux en font ou en doivent faire. C’est que les choses n’ayant qu’une valeur relative à nos besoins , ce qui est plus pour l’un est moins pour l’autre, et réciproquement. L’erreur où l’on tombe à ce sujet vient de ce qu on .parle des choses qui sont dans le commerce comme si elles avaient une valeur absolue, et qu’on juge, en conséquence, qu’il est de la justice que ceux qui font des échanges se donnent mutuellement valeur égale pour valeur égale. Chacun donne moins et reçoit plus, parce qu’il donne son surabondant et reçoit ce dont il a besoin. C’est le surabondant qui fournit tout le fonds au commerce; et ce surabondant est richesse, tant qu on trouve à l'échanger pour quelque chose qui aune valeur pour le propriétaire et qu'il a une valeur pour ceux qui l’achètent. Si le surplus n’était pas échangé, il ne serait
pas richesse. Les commerçants sont les canaux par où il s écoule. Une source qui se perd dans des rochers et dans des sables, n’est pas une richesse pour moi ; mais elle en devient une, si je construis un aqueduc pour la conduire dans mes prairies. Cette source représente les productions surabondantes des cultivateurs, et l’aqueduc représente les commerçants.
Je ne suivrai pas davantage M. Macleod dans son analyse détaillée, et je me hâte d’arriver à la conclusion qu’il en tire. Cette conclusion, c’est que le livre qui a pour titre le Commerce et le Gouvernement , est un livre de haute portée, et qu’il est le fondement véritable de la nouvelle économie politique.
« Condillac , dit-il , déclare que l’économie politique •est essentiellement la science du commerce, et il la traite avec la supériorité d’une tête mathématique et métaphysique, car il place la source de la valeur dans l’intelligence de l’homme, dans ses besoins et ses désirs, en d’autres termes dans la demande. Après quoi , naturellement il établit que toutes les variations de la valeur dépendent des variations de la demande et de l’offre. Dans ses instincts scientifiques, il n’imagine pas qu’il puisse y avoir plus d’une théorie générale de la valeur. De même qu’un physicien sérieux , il eût été consterné par l’idée que la science puisse être fondée sur six ou sept théories contradictoires de la valeur, comme c’est le cas en ce moment.
« 11 sape dans leur racine les théories légnantes de la valeur, qui sont basées sur le travail, avec ce mot, qu’on paye les choses parce qu’elles ont de la valeur, et qu’elles n’ont pas de la valeur parce qu’on les paye, ainsi qu’on le suppose communément. C’est exactement la doctrine du docteur Whately, qu’on cherche des perles en plongeant parce qu’elles ont un prix élevé, et que les perles n’ont