‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 112 sur 187 · IIII. LES PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

IIII. LES PRÉCÉDENTS

pas un taux élevé parce qu’on a plongé pour les avoir.

C’est la doctrine que nous avons si souvent soutenue, que ce n’est pas le travail qui est la cause de la valeur, mais la valeur qui attire le travail.

« C’est là toute une révolution en économie politique, aussi grande que celles qui peuvent avoir eu lieu dans les sciences physiques.

« Condillac, ayant ainsi posé les bases de la science, a proclamé le premier, que nous sachions, la doctrine que, dans le commerce, il y a gain pour les deux parties. L’ancienne doctrine, sanctionnée par Montaigne, Bacon et bien d’autres, était que ce que l'une gagnait, l’autre leperdait.

Cette désastreuse extravagance a provoqué bien des guerres sanglantes. Les physiocrates soutenaient que dans les échanges les valeurs étaient égales. Mais Condillac a établi la vraie doctrine, que dans le commerce on gagne des deux côtés ; et il fait ressortir que toute la dynamique commerciale résulte de ces inégalités de valeur.

« Condillac a été classé comme physiocrate, parce qu’il a dit que la terre est la source de toutes les richesses.

Ses doctrines sur l’impôt concordent aussi avec celles des ! . physiocrates. Mais, sur le premier point, il n’est pas con-

I séquent, car il prouve d’une manière irréfutable que le

I travail est productif aussi bien que la terre. C’était la

même doctrine que celle de Smith dans la Richesse des nations, publiée, on le répète, dans la même année. Condillac a aussi professé la vraie doctrine de la circulation.

11 traite ce sujet scientifiquement, en commençant par supposer une entière liberté des échanges, et en étudiant les fâcheux effets produits par diverses perturbations. j

« 11 est vrai que l’écrit de Condillac n’est nullement un traité complet , qui exigeait de vastes développements.

Toutefois il a tracé une large esquisse de la véritable éco- i

j nomie politique. L’ouvrage de Smith a obtenu en peu de

temps la célébrité, celui de Condillac est resté dans l’oubli. Mais le temps lui apporleaujourd’bui une réparation ; car les meilleurs économistes gravitent vers ses doctrines. La clarté, la simplicité, l’instinct du vrai savant, brillent dans son ouvrage et font ressortir la confusion incroyable et les contradictions qui déparent celui d’Adjim Smith. A la longue il obtiendra justice, et, après quatre-vingt-cinq ans d’éclipse, il rayonnera comme le vrai fondateur de la nouvelle science économique. »

Un autre de nos compatriotes, qui fut notre contemporain et qui eut une carrière scientifi(|ue courte, mais brillante, Frédéric Bastiat, est salué par M. Macleod comme un frère. Après quelques années d’activité extraordinaire comme agitateur libre échangiste à l’exemple de la ligue anglaise, puis comme défenseur de l’arche sociale contre les billevesées démagogiques de 1848, Bastiat publia, au commencement de 1850, le premier volume d’un ouvrage important, que la mort interrompit quelques mois plus tard. Cet ouvrage, intitulé : Harmonies économiques, attire particulièrement l’attention de M. Ma - ‘ cleod, qui consacre d’ailleurs plusieurs colonnes de son Dictionnaire aux autres écrits de l’économiste français.

Il cite notamment ce passage de l’essai où Bastiat cherche à fixer l’objet de l’économie politique.

« C’est celle faculté donnée aux hommes, et aux hommes seuls entre toutes les créatures, de travailler les 'jns pour les autres; c’est cette transmission d’efforts, cet échange de services, avec toutes les combinaisons compliquées et infinies auxquelles il donne lieu à travers le temps et l’espace, c’est là précisément ce qui constitue la science économique, en montre l’origine et en détermine les limites... Accomplir un effort pour satisfaire le besoin d’autrui, c’est lui rendre un service. Si un service est stipulé en retour, il y a échange de service, et comme c’est

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