LES DOCTRINES
raant, ce diamant a tout autant de valeur que s’il avait fallu mettre vingt ans à le chercher. Il n’a pas de valeur parce qu’on l’a ramassé* mais on l’a ramassé parce qu’il avait de la valeur. Tel homme peut dépenser beaucoup plus de travail ou d’argent que tel autre à produire un objet; mais le produit n’a pas par ce fait la moindre plus-value, et s’il est de qualité inférieure, il vaudra moins.
« En outre toute valeur est locale. Les produits qui n’ont pas de demande, sont sans valeur, et les produits transportés des lieux où ils ont une demande à ceux où ils n’en ont pas, perdent leur valeur. Si quelqu’un dépensait beaucoup de travail et d’argent dans l’étude du chinois, son savoir pourrait avoir beaucoup de valeur à Londres ou à Paris, où il y a d’ordinaire une demande pour cette sorte de connaissances. Mais s’il allait vivre dans les Hébrides au milieu des paysans, son savoir n’y trouverait aucune demande, et par suite aucune valeur. Le raisonnement est d’une vérité universelle, ce principe s’applique à toute espèce de produits. »
Ainsi, encore une fois, ce n’est pas le travail qui communique la valeur ; c’est la valeur ou la demande qui provoque le travail.
Le travail peut avoir de la valeur par deux raisons opposées. On peut dépenser de l’argent pour acquérir quelque chose qu’on recherche, ou pour se débarrasser de quelque chose qui vous gêne. M. Macleod appelle valeurs positives les objets que nous nous procurons pour satisfaire nos goûts, et valeurs négatives ceux dont nous payons la suppression. Si, par exemple, un terrain est encombré d anciens bâtiments qu’il faut démolir avant de bâtir une maison neuve, il faut payer la démolition de ces bâtiments. Ce travail n’a pour celui qui le réclame qu’une valeur négative. Un grand nombre de professions s’occupent spécialement de ces valeurs. Quand je suis affligé d’une ma-
ladie, j’ai recours à un médecin qni m’en débarrasse. Quand je suis victime d’une injustice, je réclame les services d’un homme de loi. Nous ne pouvons tirer parti d’une chose que lorsque sa valeur négative a disparu. Par conséquent toutes les valeurs négatives sont des retranchements sur la richesse du pays. L’argent et le travail employés pour les valeurs négatives servent uniquement à écarter des obstacles au progrès de la richesse, et si la cause de ces valeurs a été écartée, l’argent et le travail peuvent être employés à des valeurs positives. Toutes les professions peuvent être réparties entre ces deux classes de valeurs ; et bien que, pour les individus, il importe peu de laquelle ils s’occupent, c’est un bon signe pour un État que le nombre des individus employés aux valeurs positives augmente et que le nombre de ceux qui s’occupent des valeurs négatives diminue.
M. Macleod désigne, par un mol à la fois anglais et français, ressources, ce que nous désignerons aussi par forces productives, tous ces objets qui, en eux-mêmes, ne sont pas de la richesse, mais qui peuvent être appliqués à la produire. Ces forces productives du pays comprennent en premier lieu les objets sur lesquels le travail peut être utilement employé, tels qu’un sol fertile, des mines, des forêts, des pêcheries ; secondement, le fonds de travail, d’habileté et de talent dont le pays dispose à cet effet; en troisième lieu, la puissance motrice du travail, ou la monnaie. Aucune de ces trois forces, prise séparément, ne peut être d’aucun usage ; mais une combinaison judicieuse de toutes trois produit la richesse. H ne faut jamais confondre les richesses et les forces productives. Les richesses sont un but, les forces productives sont des moyens.
La monnaie, qui participe des unes et des autres, doit être de préférence rangée parmi ces dernières. Il importe de se bien édifier sur le rôle qu’elle remplit en cette qua-