I. LES DOCTRINES
lité. Sa bienfaisante influence ne s’exerce pas par sa quantité, mais parla masse de travail qu’elle crée. La monnaie enfermée dans un coffre n’est qu’une force latente, comme dans une manufacture une machine à vapeur qui ne fonctionne pas; elle est inutile si elle n’est mise en mouvement, et comme le produit de la manufacture est mesuré par le mouvement de la machine, l’effet utile de la monnaie se mesure par son mouvement, que nous appelons sa circulation. Si donc nous pouvons accroître la rapidité de la circulation de la monnaie existante, nous ajoutons à son efficacité. Nous pouvons, d’autre part, diminuer la quantité de monnaie nécessaire en accroissant la rapidité de sa circulation. Il en est de la circulation comme de l’effet produit par un corps en mouvement, effet qui est déterminé non-seulement par sa masse, mais par sa célérité. Si la masse diminue, tandis que la célérité s’accroît, l’effet reste le même; si nous pouvons faire circuler 1,000 fr. avec deux fois plus de rapidité qu’auparavant 2,000, la circulation sera telle qu’elle était.
Dès lors il est évident qu’il est impossible de se former une idée de la richesse d’un pays par la quantité d’or et d’argent qui s’y trouve. Un pays peut avoir de l’or et de l’argent en abondance, et être pauvre; et un autre n'en posséder que fort peu et être riche. L’Espagne a possédé, à une certaine époque, plus d’argent et d’or que tout autre pays en Europe, et à mesure que ces métaux lui affluaient elle s’appauvrissait. Adam Smith a dit qu’elle était le pays le plus pauvre de l’Europe après la Pologne. D’un autre côté, l’Écosse est le pays qui possède le moins de mon* naie métallique avec la richesse relativement la plus considérable. Il circule en France beaucoup plus de métaux précieux qu’en Angleterre, et cependant l’Angleterre est la plus riche des deux contrées.
Nombre d’économistes supposent que la quantité de
l’argent a, dans un pays, une relation nécessaire avec la quantité des marchandises ; d’autres pensent que les prix des marchandises sont réglés par la proportion qui existe entre la quantité de l’argent et celle des marchandises. Ce sont là de graves erreurs que l’exemple ci-après fera ressortir. Supposons que deux individus, A... et B..., soient débiteurs l’un de l’autre par suite de ventes de marchandises; A... pour la somme de 100 fr., B... pour celle de 150. Ils pourront régler leur compte de trois manières ; ou chacun enverra porter chez l’autre le montant de sa dette, et il faudra pour cela 250 fr., ou A... remettra 100 fr. à B..., et B... lui rendra cette somme en y ajoutant 50 fr., ce qui exigera 150 fr. ; ou, enfin, la différence seule sera payée, soit 50 fr. Ainsi une différente somme sera exigible pour la même affaire suivant la manière d’opérer. Il y a 200 fr. de différence entre la première et la troisième; mais les prix des machandises n’ont pas changé. Il suit de là que dans différents pays il peut exister des quantités différentes d’argent, qui n’exercent aucune influence sur les prix, et où la proportion entre l’argent et les marchandises varie fortement, suivant la méthode adoptée ; et il est possible que dans un pays où prévaut la première on vive à meilleur marché que dans une autre où l’on suit la troisième et la meilleure. C’est le cas de la France vis-à-vis de l’Angleterre.
M. Macleod examine à cette occasion l’effet que peut exercer sur un pays où les transactions ont lieu avec une simple monnaie métallique, de 25 millions de francs, l’importation d’un surplus de la moitié de cette somme. Trois phénomènes pourraient se produire. Eu premier lieu le travail augmenterait dans la même proportion que l’argent ; et, dans ce cas, les prix ne changeraient pas et une plus grande quantité de richesses pourrait être créée ; secondement, le travail pourrait être stationnaire, et le surplus