‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 120 sur 187 · I. CAPITAL · texte numérisé non relu

I. CAPITAL

« Le capital est une richesse provenant du travail de l’homme et employée d’une certaine manière. »

A l’examen de cette formule, il saute immédiatement aux yeux, qu’elle viole la première règle posée ci-dessus; elle n’est pas générale, elle est restreinte; il n est pas question de richesse en général, mais des richesses, fruit du travail antérieur de l’homme. 11 s’agit de savoir si celte restriction est nécessaire ou si elle doit être écartée.

Or nous remarquons que, si une grande partie du capital existant est le résultat du travail de l’homme, il est d’une parfaite évidence que le premier capital possédé par les humains ne fut pas le résultat de ce travail. Quand l’homme fut placé sur la terre, nul doute qu’il trouva des moyens d’existence, déjà préparés pour lui. Tout le monde est d’accord sur ce point. Les plus chauds partisans de l’interprétation littérale du premier chapitre de la Genèse et les plus sceptiques géologues professent unanimement que, de quelque manière et en quelque lieu que l’homme parut sur la terre, il y trouva des fruits, du grain, du bétail et du poisson déjà prêts pour son usage. Personne ne peut prétendre que les premiers bestiaux, fes premiers fruits, les premiers grains, fussent le résultat du travail de l’homme. Le genre humain, qui, employant une partie de ses biens à son usage immédiat, mit de côté et réserva une autre partie pour la reproduction, ou en vue de produire quelque chose pour son usage ultérieur, fil de cette dernière partie un capital, qui n’était pas le résultat de sou travail.

En outre, lorsque les troupeaux sont appropriés et gardés en vue de leur multiplication, lorsqu’ensuite les nouvelles têtes sont employées au même but, évidemment ou abuse du langage en prétendant que les bestiaux sont des fruits du travail accumulé de l’homme. Il en est de même des arbres à fruit ; ce sont aussi des capitaux, mais ils ne

peuvent proprement être attribués au travail. De même encore les grains destinés à être semés, bien que l’homme y emploie plus de travail, ne peuvent pas être correctement appelés le résultat du travail de l’homme. L’homme sème et arrose ; mais qui fait pousser le grain, si ce n’est Dieu?

Il est hors de doute qu’une grande masse de capitaux est le résultat du travail accumulé ; mais lorsque la totalité des capitaux primitifs et une grande partie des capitaux existants ne sont pas, on le voit, le résultat du travail, il s’ensuit que la restriction dont il s’agit n’est pas l’essence, mais l'accident du capital, et doit être retranchée d’une définition générale. Y insérer cette formule, ie produit du travail antérieur, c’est, du reste, écrire comment le capital a été obtenu; et certains auteurs se contentent d’énumérer les choses qu’ils réputent capital. Or on n’a nul besoin ni de cette description, ni de cette énumération ; il faut une conception, une définition du capital.

Concluons que la définition du capital doit être dégagée de la condition qui la charge, et nous retrouvons notre première formule générale, que le capital est tout élément économique appliqué au profit ou à l’accroissement.

Cette formule est d’accord avec cette observation de M. Senior: «Les économistes conviennent que tout ce qui donne un profit s’appelle capital. » Mais comment M. Senior, après avoir obtenu cette excellente définition, qui est vraiment scientifique, a-t-il borné ailleurs le capital à une richesse, résultat d’un effort de l’homme? 11 est évident que les termes mêmes de la définition renferment aussi le travail à titre de capital. Le travail d’un ouvrier lui donnant un profit, est pour lui un capital. M. J. St. Mill, également, énonce cette proposition générale, que tout ce qui peut être écharrgé peut servir de capital. Pourquoi ensuite y attache-t-il des conditions?

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