‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 121 sur 187 · I. CAPITAL · texte numérisé non relu

I. CAPITAL

On verra plus loin qu’un grand nombre d’articles produisant un profit et pouvant être échangé ne sont aucunement le résultat d’un travail. Il y a donc lieu d’appliquer au mot capital, comme aux mots production et consommation, des remarques analogues à celles du docteur Whately concernant le mot valeur. «Il importe de remarquer qu en ce qui touche les définitions en économie politique, ou trouve la plupart des esprits disposés à introduire des circonstances accidentelles, à côté ou au lieu des circonstances essentielles. Je veux dire que l’idée qu ils attachent à un terme et l’explication qu’ils en dorment, comprennent des circonstances, généralement , mais non constamment unies à l’objet dont ils parlent, et qui peuvent manquer ou être présentes, sans que le caractère essentiel de l’objet s’altère. Une définition ainsi formée, bien qu’incorrecte et faite pour nous égarer, sera fréquemment adoptée en tant que répondant à l’objet d’une définition correcte en un cas particulier. Comme exemple on peut citer le langage de nombreux écrivains au sujet de la richesse et de la valeur, qui font du travail un élément essentiel de leurs définitions. 11 arrive effectivement, par l’arrêt de la Providence, que les articles de valeur sont, dans presque tous les cas, obtenus par le travail, mais cette circonstance est purement accidentelle. »

Telle est la cause qui a retardé les progrès de l’économie politique. L’esprit de généralisation lui a manqué. C’est cet esprit seul qui peut l’élever au rang de science exacte, et c’est l’absence de cet esprit, c’est le manque du sentiment delà nécessité, qui fait qu’elle a été contestée jusqu’à ce jour.

Revenons à notre définition générale du capital. Le capital est un élément économique consacré à un but de profit. C’est-à-dire que tout ce qui est échangeable, quelle que soit sa nature, ou toute source qui donne un profit.

peut êli‘3 un capital. Mais ici s’élève la question Je savoir ce que c’est qu’un élément ou une entité économique.

xM. Macleod a déjà, comme il résulte de l’étude qui précède, approfondi cette matière; mais, pour inculcjuer ses idées dans l’esprit de ses lecteurs, il les reproduit volontiers, surtout lorsqu’il y a lieu de les présenter sous de nouveaux points de vue.

Les avis différant entre les économistes sur le point de savoir si les richesses, ou les éléments économiques, doivent être limités aux choses niatérielles ou comprendre les éléments immatériels, qui peuvent se vendre et s’acheter; recherchons si ces derniers doivent être admis dans l’économie politique.

Ils ont pour eux, dans les temps anciens; on l’a vu, le dialogue attribué à Eschine le Socratique et la définition donnée par Aristote. Dans les temps modernes, les physiocrates passent pour les avoir écartés. .Mais ils ont été formellement admis par Beccaria, qui avait le pro jet, inexécuté du reste, de consacrer une partie de son traité aux productions immatérielles.

Quant à Adam Smith, il est généralement réputé les exclure; mais, en fait, il a sur ce sujet deux doctrines dans deux parties de son ouvrage. En traitant du capital, il comprend dans le capital fixe les aptitudes acquises de tous les membres de la société. « Ces talents, dit-il, par l’entretien de celui qui les acquiert, occasionnent des dépenses qui constituent un capital fixe, réalisé dans sa personne. Us font partie , non-seulement de sa fortune, mais de celle de la société à laquelle il appartient. L’habileté exercée d’un ouvrier peut être considérée comme une machine qui facilite ou abrège le travail et qui rembourse par des profits les frais qu’elle a occasionnés. » Par ce passage Adam Smith comprend évidemment la richesse intellectuelle dans le capital d’un pays, bien que, d’après

la remarque de Mac-Culloch, il soit par là en contradiction avec son chapitre sur le travail productif et improductif.

J. B. Say, qui passe pour être le premier grand économiste qui ait compris la richesse intellectuelle dans le capital national , mais qui, on vient de le voir, a eu des devanciers sous ce rapport, exclut cette richesse intellectuelle dans un de ses traités et l’admet dans 1 autre. Ricardo, James Mill, Malthus, ne reconnaissent que les produits matériels. M. Senior adopte, au contraire, la ri- ^ chesse intellectuelle. Bastiat, enfin, soutient dans sa plus

grande généralité, la thèse que toute chose échangeable est un élément économique et que tout élément économique peut être un capital.

Ces différences étant constatées, il faut rechercher si les sciences physiques offrent des analogies qui permettent une décision.

Si l'on voit dans l’économie politique la science des échanges, ou du moins, pour satisfaire tout le monde, une science où les échanges jouent le rôle le plus impor- ' tant, on reconnaîtra qu’il n’y a aucun motif d’en exclure

(juelque chose qui donne lieu à un échange. Or il est incontestable que les services immatériels figurent dans une immense proportion parmi les échanges qui s’effectuent.

i Comment peuvent-ils donc être exclus? En mécanique il

existe des forces immatérielles qui ne peuvent être ni vues ni maniées, mais qui peuvent être mesurées; dans la chimie il existe aussi des éléments invisibles qui peuvent : être mesurés. Ne peut-on pas en conclure que l’économie

I politique possède des éléments qui ne sont ni visibles ni

1 palpables, mais qui peuvent être mesurés et échangés?

I L’analogie la plus rigoureuse autorise cette conclusion ;

\ elle nous permet même de supposer, à priori, que l’éco-

nomie politique doit avoir, comme ces sciences, des élé- I ments immatériels.

M. Macleod remplit ici plusieurs de ses colonnes par la citation des arguments qui ont été allégués contre l’admission des éléments immatériels dans l’économie politique. Ils ne seront pas reproduits ici, parce qu’ils tombent devant la définition de la science.

Mais M. Macleod croit devoir réfuter un de ces arguments, qui consiste dans l’impossibilité absolue d’arriver à aucune évaluation précise des biens dont il s’agit. Cet argument implique une entière inintelligence de la nature de l’économie politique. Cette science n’a jamais essayé d’évaluer tous les éléments économiques d’un pays quelconque. A-t-elle besoin de dresser un inventaire de tous les ustensiles de cuisine d’un individu, de ses meubles, de sa garde-robe? Ce serait peut-être un tableau statistique des plus curieux. Mais ce ne serait pas de l’économie politique. En même temps, du reste, que l’inventaire des choses est sans objet, une évaluation exacte serait absolument impossible. Supposer que l’économie politique a besoin de dresser un inventaire de tous les éléments est aussi peu sérieux que de supposer que la mécanique a besoin de faire une estimation de toutes les forces mécaniques qui existent, ou la médecine de rédiger un catalogue de tous les cas médicaux, ou la chimie de relever la quantité totale des éléments chimiques. De pareils relevés peuvent être utiles ; mais ils ne sont nullement nécessaires à ces sciences. Toutes ont affaire avec des cas particuliers de leur domaine, et l’économie politique n’a de même affaire qu’à des cas particuliers d’échange.

Cette question provoque ici, de la part de M. Macleod, des épanchemenrs auxquels on ne peut refuser une adhésion sympathique.

« Nous avons signalé les contradictions incroyables dans lesquelles sont tombés Adam Smith et J. B. Sav.

tâ

Mais que prouvent ces contradictions? Elles prouvent que

TT

Page 1