‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 123 sur 187 · CAPITAL · texte numérisé non relu

CAPITAL

Les considérations qui précèdent détruisent entièrement les arguments contre l’admission des éléments immatériels dans l’économie politique. Ces arguments ont eu évidemment pour origine une fausse conception sur la nature de la valeur. Si la valeur est considérée comme inhérente à une chose, on supposera généralement la nécessité d’une substance matérielle où cette qualité soit incorporée.

Ainsi, d’accord avec la majorité des économistes et conformément à l’emploi du mot dans la langue où il prit son origine, on doit définir le capital, un clément économique employé en vue d un profit. Rien de plus naturel que cette large distinction entre les choses dont on jouit et les choses consacrées à la production. Elle est très-nettement indiquée par Aristote, et elle a été adoptée par les meilleurs économistes. Elle est fondée sur la nature.

Tout élément économique employé en vue d’un profit est un capital, sans que lui-même soit accru par cet emploi. Le profit de toute chose, en effet, se mesure en argent, et non pas nécessairement dans la chose elle-même. Pour le fermier, par exemple, le profit consiste dans l’augmentation de la quantité de blé et de bétail. Mais, pour opérer cette augmentation, des outils, des instruments, des bâtiments sont nécessaires. Le profit du fermier ne dérive pas d’un accroissement des charrues, des herses, des bêches et des bâtiments, mais de la valeur accrue de sa récolte de blé et de ses bestiaux. La valeur en instruments se retrouve dans la valeur accrue des produits. Tout ce qui est nécessaire à cet effet est donc du capital.

On insiste ici sur ce point, à cause d’une distinction, non fondée sur la nature, qu’un grand nombre d’économistes ont adoptée. Ils bornent le capital aux choses pro-

dii Journal des Économistes, où il fait Téloge de la théorie du crédit de M. Macleod.

duiles par l’industrie humaine, et les distinguent des agents naturels. On ne saurait adhérer à cette distinction. La condition d’être le produit du travail doit, on l’a vu plus haut, être éliminée de la définition du capital. Or un grand nombre d’économistes ont exclu de celte défi-nition la terre. Et pourtant ils y renferment les manufactures et le bétail, les considérant comme provenant du travail. Une telle distinction manque de base. Une manufacture est un instrument nécessaire pour la fabrication du drap; elle est construite avec des matériaux que l’homme modifie. Mais la terre elle-même est l’instrument nécessaire pour la production du blé. Quant aux bestiaux, c’est un abus de langage d’attribuer leur existence au travail de l’homme. La terre est l’instrument spécial pour la production du blé et du bétail, comme la manufacture l’est pour celle du drap. Et la valeur de l’un et de l’autre instrument se retrouve dans la valeur des produits. De plus il serait beaucoup plus exact de considérer l’état actuel de la terre dans tous les États civilisés comme le résultat du travail, que de faire du blé ou du bétail le résultat de ce travail.

Ces idées dérivent encore de la fatale adoption du principe que le travail est l’essence, ou un élément nécessaire de la valeur. Cette erreur doit être chassée de l’économie politique, avant que celte science fasse des progrès.

Le capital est donc un élément économique quelconque employé en vue d’un accroissement direct et indirect. 11 est directement accru si la chose elle-même est capable de servir. 11 l’est indirectement s’il est appliqué à la production de la chose qui sert. Le profit et la valeur du capital indirect se retrouvent dans la valeur du capital direct.

La valeur de tous les instruments et de tous les matériaux étant donc comprise dans la valeur du produit final.

Page 1