I. CAPITAL
ce dernier produit est tout ce qu’on a à envisager au point de vue de la science, et l’on peut dire qu’en économie politique le capital est une quantité croissante ou continue.
Mais ici il faut bien se rappeler la maxime de M. Mill que la distinction entre ce qui est capital et ce qui ne l’est pas, dépend de l’intention du propriétaire. Dans toutes les subdivisions du capital, l’analogie doit être observée. Le capital, on le verra plus bas, comporte différentes espèces; or toutes ces différentes espèces doivent , par analogie, dépendre de l’intention et du mode d’emploi, et non de la nature de la chose. Cette maxime, on le verra, est d une grande application.
On a vu que la valeur du produit achevé, qui peut être appelée le capital direct, comprend la valeur de tous les instruments et matériaux qui peuvent être appelés le capital indirect. Notons que ce qui est le produit achevé pour un individu n’est qu’un instrument ou une matière pour un autre. Pour le maître de forge, par exemple, le fer en barres est un produit achevé ; mais, pour le constructeur de machine ou pour le coutelier c est seulement une matière ou un instrument. Les charrues et les herses sont des produits achevés pour le fabricant d instruments agricoles ; mais ils ne sont pour le fermier que des instruments. Le blé est un capital direct pour le fermier, mais seulement un capital indirect, ou une matière, poui le meunier. La farine est un capital direct pour le meunier, indirect pour le boulanger. Le pain, enfin, le produit achevé, le dernier produit, comprend la valeur de toutes les opérations antérieures.
La formule du capital comme étant quantité continue conduit M.Macleod à une nature de considérations, qui ne se rencontre dans aucun autre économiste, et qui révèle la rare étendue de son savoir.
Quand nous qualifions, dit-il, le capital de quantité
continue, il est évident que nous l’étendons du passé à l’avenir; ce qui entraîne des conséquences d’une portée immense, par analogie avec la philosophie naturelle. Dans la philosophie naturelle le temps passé est positif; le temps futur est négatif. Comme ce point de vue est nouveau pour quelques-uns de nos lecteurs, nous devons nous y arrêter, et expliquer la différence entre positif et négatif dans l’arithmétique, dans l’algèbre et dans la philosophie naturelle.
En arithmétique les signes positif et négatif signifient simplement addition et soustraction. 11 n’y a en arithmétique rien de pareil à des quantités négatives absolues. Ainsi zéro y est une limite positive que les quantités ne peuvent dépasser. Mais, en algèbre et dans la philosophie naturelle, le cas est différent. Les deux termes expriment des propositions quelconques, et zéro est une limite entre positif et négatif. Ainsi sur l’un et l’autre terrain les quantités négatives ont une existence aussi réelle que les positives. Si, par exemple, une force agissant dans un sens est positive, une autre force agissant en sens opposé est négative.
Ceci peut être expliqué au moyen d’un globe ordinaire. Sur toute mappemonde l’équateur est marqué 0, ce qui constitue la limite entre le nord et le sud. Le nord étant appelé positif, le sud sera négatif. De même pour la longitude; le méridien passant par l’observatoire est 0 ; et l’est et l’ouest peuvent être, l’un positif, l’autre négatif.
Voici à ce sujet un exemple: Si nous appelons le nord positif et le sud négatif, un navire se trouvant sous la latitude du nord sera sous une latitude positive, et un autre navire placé sous une latitude sud sera sous une latilude négative. Si un navire navigue vers le nord ou vers le sud, son voyage aura une direction positive ou négative. Si un navire est à 20“ latitude nord, on dit que sa