CAPITAL
richesse pour ce pays , laquelle ne fait pas partie de la richesse colleciive du genre humain. »
Cet argument demande examen. M. Mill prétend que le revenu du rentier ne doit pas être compté en dehors du revenu général du pays, parce qu’il est fourni par les revenus des contribuables; et il ajoute que, si on le compte de la sorte, le revenu du pays se trouve de trente millions de livres plus considérable qu’il ne l’est en réalité. Si l’argument de M. Mill était juste, il est clair qu’il devrait être appliqué non-seulement aux rentiers, mais à tous ceux qui touchent leurs revenus sur les impôts retirés du revenu général du pays. Ainsi la liste civile devrait être exclue du relevé de la richesse nationale. De même pour tous les traitements des armées de terre et de mer ; de meme pour ceux des fonctionnaires civils depuis le ministre jusqu’au plus humble agent delà police; de même pour ceux des magistrats. Si l’argument de M. Mill est juste, les revenus de toutes ces classes d’hommes doivent être exclus du relevé général des revenus du pays; il est évident que toutes sont dans les mêmes conditions que les rentiers, toutes sont rétribuées sur les impôts. M. Mill adopte-t-il ces conséquences ? comment peut-il y échapper?
Mais, si l’argument est juste, il doit être immensément étendu. Le revenu des chemins de fer est fourni par les revenus généraux du pays, exactement comme celui des rentiers. Seulement dans l’un des cas l’impôt est volontaire; et dans l’autre il est forcé. 11 serait inexact de relever à part le revenu des chemins de fer. En réalité, le revenu de toute industrie, de toute affaire, de toute entreprise est fourni parles revenus généraux du pays.
La proposition peut être formulée ainsi : « Le revenu de chacun est fourni par le revenu d’un autre. »
Cette maxime peut étonner quelques esprits et leur paraître un paradoxe. Mais ce paradoxe sera facile à expli-
quer. Les lecteurs connaissent l’ancienne doctrine que, dans un échange, il n’y a de gain ni pour l’une ni pour l’autre partie. Telle était celle d’Aristote et de Cicéron, et Luther était saisi d’un de ses accès de colère, à la simple idée que dans un échange il y avait un gain pour l’une et pour l’autre partie, si ce n’est par un vol. Cette doctrine, qui était jusqu’à un certain point plausible, fit place à une autre d une évidente absurdité. On prétendit que, dans le commerce, une seule des parties gagnait et que ce qu’elle gagnait était perdu pour l’autre. Après avoir, comme d habitude, essayé des absurdités, le genre iiumain s est vu à la fin amené à admettre, que, dans le commerce, il y a gain pour les deux parties. Telle est la doctrine reconnue de l’économie politique moderne. Or la proposition ci-dessus, que le revenu de chacun est fourni par celui d un autre, est l’analogue de celle que, dans le commerce, il y a gain pour les deux parties.
Citons à ce sujet quelques exemples. Il a été dit plus haut que les besoins des hommes donnaient seuls de la valeur à la terre, et que, le besoin de nourriture et d’habits continuant, les propriétaires emploient leur argent et leur travail à produire du blé et du bétail. C’est là leur capital. Quand ce capital s’est reproduit sous forme de blé, le propriétaire le met en vente, et les produits de cette vente excèdent d’ordinaire les frais de production. Une portion de ces produits remplace le capital, et le reste est le profit ou le revenu. Nul doute (jue le propriétaire ne puisse dépenser la totalité de sa recette à son usage personnel, et dans ce cas elle ne lui servirait pas de capital. Mais nous le supposons un homme prudent et nullement disposé à diminuer son capital. Nous sommes donc fondé àconsidérer l’excédant desarecette sur les frais de production comme un profit ou un revenu, qu’il peut dépenser pour lui-même sans diminuer son capital. D’où