I. CAPITAL
provient ce revenu? Évidemment du revenu d’un autre.
Le négociant opère comme le propriétaire. 11 place de l’argent dans une opération, et ce capital lui procure un profit ou un revenu qu’il peut dépenser pour ses besoins personnels. Avec ce revenu il achète du blé et de la viande du propriétaire. Le revenu du propriétaire est donc dérivé du revenu du négociant. Le propriétaire de son côté a besoin, pour son usage personnel, des marchandises du négociant. Avec son revenu il achète ces marchandises, et par suite le revenu du négociant provient de celui du propriétaire.
On pourra alléguer que, si c’est la vérité, ce n’est pas la vérité entière. Bien des négociants n’ont jamais affaire au public, ou au consommateur définitif, mais seulement à des consommateurs intermédiaires. Ainsi, les fabricants trafiquent avec les marchands en gros, et ceux-ci avec les détaillants. Lorsque le marchand en gros fait un achat au fabricant, il achète avec son capital, afin de vendre. Mais le fabricant fait un profit, et le profit, dans ce cas, provient du capital du marchand en gros , et non de sou revenu. De même les profits ou les revenus du marchand en gros proviennent du capital du détaillant. Et ici encore le revenu est obtenu sur le capital.
Cette objection, plausible au premier abord, disparaît bientôt, lorsqu’on réfléchit que le consommateur définitif remplace tous les profits par le prix qu’il donne pour l'article. Ce prix remplace le capital et les profits de tous les intermédiaires , et par suite les .profits réalisés par ces intermédiaires ne sont que les avances du profit qui doit être retiré ultérieurement du consommateur définitif.
Ainsi opèrent tous les commerçants; leurs revenus procèdent toujours de ceux des consommateurs définitifs des articles dont ils trafiquent.
C’est évidemment le cas des chemins de fer. Leur re-
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venu provient des revenus des différentes classes de la société, et cependant ce revenu est justement compté à part dans le revenu général du pays.
C’est aussi le cas de toutes les professions. Les revenus des jurisconsultes et des médecins proviennent des revenus de leurs clients. De même , les revenus des acteurs et de ceux qui cultivent la musique proviennent des revenus des gens qui fréquentent les théâtres et les concerts. Et les revenus de ces comédiens sont justement comptés à part dans le revenu général du pays.
Un autre exemple encore plus éclatant et plus décisif est celui du personnel employé et largement rétribué par un homme opulent. Celui-ci paye la taxe du revenu sur son revenu particulier, et chacun de ses gens, dont le salaire dépasse.la limite à laquelle la taxe s’arrête, la paye aussi sur le sien. Leur revenu aussi est compté dans le revenu général du pays, à part de celui de leur maître.
De cette revue successive qui a épuisé la liste des revenus , ressort la vérité générale que le revenu de chacun dérive des revenus des autres, et qu’en même temps il sert, au moins quand on le dépense, à former le revenu de tous ceux avec qui l’on fait, directement ou indirectement, des affaires. 11 est, d’ailleurs, bien établi que l’objection de M. Mill contre le classement séparé des revenus des rentiers est dépourvue de fondement.
Les fonds publics sont-ils donc une propriété séparée? Font-ils partie des richesses du pays? Sans nous laisser éblouir par des mots, nous allons voir le fond des choses.
Supposons un pays exposé aux inondations de la mer, où, pour sauvegarder les personnes et les propriétés, il est nécessaire de construire de fortes digues. Ces digues ayant un but d’intérêt général, il est juste que tous les habitants contribuent à leur construction et à leur entretien. Supposons en outre que le gouvernement , voulant achever