I. LES DOCTRINES
d’argent pénétrerait dans l’ancien canal de la circulation; 37 millions et demi feraient alors le même office que 25, et les prix s’élèveraient de 50 p. 100. En troisième lieu, on peut concevoir un état intermédiaire où la création de quelques richesses serait accompagnée d’une certaine hausse dans les prix.
Ce qui ressort en dernière analyse des développements qui précèdent, c’est que la troisième méthode de payement indiquée ci-dessus aurait pour effet, dans une nation industrieuse, de retirer de la circulation une grande quantité d’argent, qui, ne servant plus aux anciennes opérations, pourrait être employée à en alimenter de nouvelles.
M. Macleod arrive ici à deux termes qui ne sont pas moins importants queceuxdewa/ci^r, travail et de monnaie. Il s’agit du capital et du crédit, objets de tant de dissentiments et d’erreurs parmi les économistes. Afin d’en bien fixer le sens, il remonte jusqu’aux origines.
Il se reporte de nouveau aux temps primitifs où s’opéraient les transactions du chasseur avec le cultivateur et le pasteur. Le premier, ayant échangé avec les deux autres quelques-uns de ses produits, se trouve avoir obtenu plus de grains et de moutons qu’il ne lui en faut pour son usage, et si cet état de choses se prolonge, il accumulera tout un approvisionnement de l’une et de l’autre marchandise. L’accumulation ou l’épargne est la première conception du capital. Le chasseur, alors, qui craint de voir se gâter dans son grenier une marchandise qui lui est inutile, s’adresse à un producteur de grain, et lui prête ce grain superflu, à la condition de recevoir plus tard une quantité égale de cet article avec une partie de l’accroissement obtenu comme rémunération du service rendu au cultivateur. Il prête ses moutons au pasteur sous des conditions analogues. Cette rémunération est la première conception AùVintérêt, née, comme celle du capital, avant l’usage de
la monnaie. L’existence de l’intérêt avant l’invention de la monnaie est un fait historique, attesté par des vers d’Hésiode. On conçoit, du reste, les embarras auxquels devait donner lieu ce mode primitif d’accumulation du capital, et le peu d’encouragement qu’il donnait au développement de la richesse. Quant au prêt, on y voit la première forme rudimentaire du crédit. Le crédit, à cette époque, ne consiste que dans le transport d’un capital existant d’une main aune autre qui sait en tirer meilleur parti, et il n’ajoute rien au capital.
Cet état de choses a suggéré aux principaux économistes certains dogmes qui ont acquis une grande autorité; savoir : d’une part, que le crédit n’est que le prêt d’un capital existant; de l’autre, que la production est limitée par le capital. Ces deux propositions ne sont pas sans vérité, si l’on s’arrête à un état tout rudimentaire. Mais une révolution profonde dans la matière a été la conséquence de l’introduction de la monnaie.
Depuis cet événement, l’homme qui travaille au service d’un autre reçoit de lui, au lieu de la satisfaction directe de ses besoins, de la nourriture, du vêtement, du logement, quelque chose qui n’en est pas un équivalent proprement dit, mais qui est seulement le moyen d’obtenir un équivalent , soit de la monnaie. C’est là le mode de rétribution adopté presque universellement dans les États civilisés. Les pièces d’argent qu'il a entre les mains sont pour l’ouvrier la preuve qu’il a rendu des services pour lesquels il n’a pas encore reçu d’équivalent. Elles ne lui sont directement d’aucun usage; mais elles lui donnent le moyen de satisfaire à ses besoins. S’il les met toutes dans cet emploi, sa situation ne sera pas meilleure à la fin de l'année qu’au commencement. 11 faut qu’il recommence son labeur quotidien pour gagner sa vie, et cela jusqu’à la fin de sa carrière. Mais, si, au lieu de dépenser