I. CAPITAL
promptement l’entreprise, fasse un emprunt considérable avec l’engagement d’en servir les intérêts sur les impôts du pays. L’argent ainsi emprunté pour les digues est retiré de tout autre emploi; et si on ne l’avait pas employé à les construire , il aurait pu servir à quelque autre ouvrage. Les habitants qui avaient besoin de ces digues ont payé pour elles, et par conséquent elles doivent être assimilées aux autres propriétés. Or, afin de rendre l’emprunt plus général et plus avantageux aux prêteurs, le gouvernement émet des titres transférables. Ces titres ne sont-ils pas une propriété indépendante? De quelque nom qu’on les appelle , fonds publics , ou dettes publiques, il est évident qu’ils ne sont pas autre chose. C’est là ce qui s’est passé en Hollande. D’après les idées les plus étroites des économistes sur la richesse, les digues de la Hollande répondent à toutes les conditions de la richesse , aussi bien que les roules, les canaux et les chemins de fer. La population en éprouve un besoin constant , et paye à ceux à qui elle les doit une portion de son revenu annuel. De là provient le revenu de ces derniers , et il est justement compté comme un élément particulier dans le revenu général du pays.
Les actions de toute autre compagnie engagée dans une entreprise commerciale sont aussi évidemment une partie de la richesse du pays. Mais la valeur de ces actions dépend du revenu qui échoit à la compagnie, et ce revenu dérive de ceux de la société en général.
11 est clair que les fonds publics sont une propriété analogue aux actions d’une de ces compagnies. Mais un pays peut avoir d’autres ennemis que la mer. 11 peut avoir à se défendre contre des hommes, et à créer à cet effet des armées et des flottes. Il peut être alors nécessaire de contracter de gros emprunts sur la promesse de payer un intérêt annuel fourni par le revenu du pays; les actions
des prêteurs peuvent être transférables, et elles constituent les fonds publics ou une dette publique. Évidemment les fonds créés en vue de la sécurité morale du pays, sont une propriété distincte tout aussi bien que ceux qui l’ont été en vue de la sécurité matérielle qui résulte des digues. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit d’un service rendu à la population , qui doit le payer sur ses revenus généraux comme tout autre service. Et les revenus qui rendent ce service sont analogues à ceux de tous autres individus rendant d’autres services quelconques.
Les fonds publics sont donc une propriété comme les autres. Nul doute que l’argent prêté aurait pu être dépensé autrement, et, si l’emploi n’en a pas été judicieux, aurait pu être employé à d’autres produits plus avantageux pour le pays; mais cette considération n’affecte pas leur existence comme propriété.
M. Macleod passe à un sujet de la plus grande importance : «Nous allons , dit-il, faire une rapide revue de la propriété en général. Les détails à ce sujet rempliraient un gros volume. Nous nous bornerons à énumérer et à classer les différentes espèces de propriété. La plupart, nous le pensons, admettent que richesse et propriété sont des termes équivalents. Si donc nous désirons obtenir une exacte définition de la richesse, nous ne pouvons nous dispenser d’étudier toutes les diverses espèces de propriétés fjui existent, puis formuler en conséquence une définition de la richesse. »
En premier lieu, qu’est-ce que la propriété? La plupart des esprits s’en feront l’idée de marchandises, de terres, de choses de toutes sortes. Sa véritable signification est le droit de se servir d’une chose, et nullement la chose dont on se sert. La propriété n’est rien de placé dans une chose, c’est un attribut attaché à la personne.
Les choses qui peuvent être la matière de la propriété,