CAPITAL
être étudiée. Aristote, notamment, recommande tous les arts qui tendent à accroître la quantité des choses, tels que l’agriculture, lâchasse, etc. Ou a trop développé ce point pour qu’il y ait lieu d’y insister. L’école physiocratique réservait l’épithète de productif au travail qui augmentait la quantité de la matière. En admettant que le travail des artisans ajoutait à la valeur, les physiocrates niaient qu’il produisît la valeur; distinction subtile. Adam Smith pensa avec raison qu’ajouter à la valeur c’était réellement en produire, et classa l’industrie manufacturière comme productive ; ce qui est d’une vérité incontestable et a été depuis adopté par tous les économistes.
Le second moyen d’accroître le capital, ou l’échange, a été accueilli dès l’origine d’une manière bien différente. En fait, jusqu’à une époque très-récente, il a été en quelque sorte un problème insoluble. Aristote, Cicéron et Luther répudièrent tous l’idée qu’un profit pût être réalisé par l’échange. Luther s’emportait à la supposition que quelqu’un pouvait gagner à l’échange à moins d’un vol. La simple expérience, il est vrai, était contraire à cette doctrine. Une nouvelle doctrine encore plus absurde surgit ensuite et eut xMontaigne pour patron. On admit que, dans un échange, une des parties seulement faisait un gain, et que l’autre perdait en proportion. Cette idée régna longtemps, et donna naissance à la désastreuse théorie de la balance du commerce. La plus simple réflexion aurait dû, pourtant, provoquer des doutes à ce sujet. Si l’une des parties perdait dans l’échange, pourquoi la plupart des commerçants ne faisaient-ils pas faillite? Si les uns gagnaient toujours et les autres perdaient constamment, d’où vient que la moitié du pays n’était pas ruinée?
Boisguillebert fut le premier, que nous sachions, à proclamer l’évidente vérité, que dans le commerce les deux
parties doivent gagner. Mais ses écrits furent peu remarqués, et restèrent à peu près dans l’oubli jusqu’à ces derniers temps. Cette vérité ne pouvait que s’imposer à quiconque envisageait largement le monde commercial. Nul doute qu il existe toujours un certain nombre de commerçants malheureux. Mais y en a-t-il un grand nombre qui se ruinent? Non assurément. 11 est possible que tous gagnent, que tous prospèrent. La perte n’est pas l’essence, elle est l’accident du commerce.
11 est donc évident que des profits peuvent être réalisés pai 1 échange. La moindre attention aux faits montre le néant de la doctrine rêvée par les physiocrates. Or ce qu’on appelait habituellement travail productif, c’était d une paît celui qui augmentait la valeur par l’augmentation de la quantité des objets; de l’autre celui qui rendait les objets plus désirables, et leur donnait une forme plus utile. L’un et l’autre sont appelés productifs par tous les économistes. Mais le commerce, ou l’industrie de l’échange, accroît la valeur en substituant un article plus précieux à un autre qui l’est moins. Il retire d’une localité une chose qui y abonde, et la porte à une autre où elle est rare et a plus de valeur ; puis essaye de rapporter un article, qui, abondant et à bon marché dans la dernière de ces localités, est plus rare et a plus de valeur dans la première.
On comprend aisément que c’est un travail tout aussi productif que les deux autres. Chacun des trois augmente la masse des articles de valeur sur un point donné, et par conséquent chacun augmente le capital. Si on prend en un endroit un article valant! 00 francs, et qu’on y substitue un autre article qui en vaut 200, cette opération augmente le capital; et il est évident que la différence entre la valeur du produit importé et celle du produit exporté, mesure l’accroissement ou le profit. Telle e«t la fonction du commerce.