I. CAPITAL
La vérité de cette doctrine est si évidente qu’elle ne saurait être contestée. On va voir comme elle est en harmonie avec la doctrine d’Aristote sur la valeur.
Si la valeur est considérée comme une qualité qui réside dans l’article même, il est clair que la valeur ne pourra changer tant que cette qualité ne changera pas. « On a objecté, dit M. Senior, que si la valeur est définie quelque chose qui s’échange, et si la richesse est la dénomination générale des choses qui ont de la valeur, la même chose sera richesse pour l’un, et non pour l’autre. Cela s’ensuit évidemment; et même chez un individu la même qualité peut être richesse dans certaines circonstances, et non dans d’autres. La connaissance du droit anglais est avantageuse en Angleterre, et celle du droit français en France; si, sans autre ressource, un jurisconsulte anglais allait s’établir en France, ou un jurisconsulte fiançais en Angleterre, l’un et l’autre passeraient sur-le-champ de l’aisance à la pauvreté. Le don de conter de longues histoires est une source de profit en Asie, mais sans valeur en Europe. Suivant nos définitions, il serait donc richesse en Perse, et ne le serait pas en Angleterre. Si une actrice embrasse une religion, dont les principes sont incompatibles avec le théâtre, ses talents dramatiques ne pourront plus s’échanger; elle ne pourra plus en tirer parti le soir; ils auront par conséquent cessé d’être pour elle une richesse. Le colonel Torrens suppose une famille isolée, où chacun ne consomme que ses propres produits, ou un pays où règne la communauté des biens; et il remarque, à titre de réduction à l’absurdç, qu’en pareils cas, bien que les marchandises fussent abondantes, il n’y aurait pas, dans notre manière de nous exprimer, de richesse, par la raison qu’il n’y aurait pas d’échanges. La réponse est qu’au point de vue de l’économie politique il n’y aurait point en effet de richesse; en pareils cas l’écono-
KXPOSfô PAUTICÜLIEHS.
mie politique ne serait point applicable. Dans un tel état de société il pourrait être question de l’agriculture, des arts mécaniques et de tous les autres servant à la production des marchandises qui sont pour nous des objets d’échange; mais l’économie politique n'existerait pas. Ajoutons que si l’usage qui identifie la richesse avec les choses qui ont de la valeur convient à toutes les formes sous lesquelles paraît la nature humaine, on admet volontiers qu’il ne conviendrait pas à un état social dont nous n’avons pas l’expérience. »
Ce passage de M. Senior est tout à fait digne de remarque. Il répond au colonel Torrens de la manière la plus concluante. La valeur est essentiellement conven— fionnelie et locale. La même chose peut avoir une valeur considérable en un lieu, et n’en avoir aucune en un autre. Depuis que l’économie politique moderne a été fondée par les physiocrates, le mot richesse a été exclusivement employé dans la science, comme désignant, non pas des produits ou des marchandises en général, mais les seules choses qui, dans un état social admettant la propriété et les échanges, sont susceptibles d’être échangées. 11 en est de même du mol propriété. Dans un état social qui n’admettrait pas la propriété privée, il n’existerait évidemment rien de pareil. Il pourrait s’y trouver beaucoup de choses à boire et à manger, et bien d’autres objets; mais si personne n’y avait un droit propre et exclusif, il ne pourrait y avoir de propriété. Ces mots de richesse et de propriété ont été pris par les premiers économistes comme s’appliquant exclusivement aux choses échangeables. Voici, par exemple, comment Bandeau s’exprime :
« Des Richesses. Les objets propres à nos jouissances utiles ou agréables sont appelés des biens, parce qu’ils procurent la conservation, la propagation, le bien-être de l’espèce humaine sur la terre.