‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 151 sur 187 · I. CAPITAL · texte numérisé non relu

I. CAPITAL

« Mais quelquefois ces biens ne sont pas des richesses, parce qu’on ne peut pas les échanger contre d’autres biens, ou s’en servir pour se procurer d’autres jouissances. Un beau temps, une bonne santé, une belle âme, sont des biens sans être des richesses. Les productions de la nature, ou les ouvrages de l’art les plus nécessaires et les plus agréables, cessent d’être richesses quand mus perdez la possibilité de les échanger, et de vous procurer par cet échange d’autres jouissances. Cent mille pieds des plus beaux chênes de l’univers ne vous formeraient point une richesse dans l’intérieur de l’Amérique septentrionale, où vous ne trouveriez point à vous en défaire par un échange.

« Le titre de richesse suppose donc deux choses : premièrement, les qualités usuelles, qui rendent les objets propres à nos jouissances utiles ou agréables, et qui les constituent des biens; secondement, la possibilité de les échanger, qui fait que ces biens peuvent vous en procurer d’auties, ce qui les constitue richesses.

(( Cette possibilité de l’échange suppose qu’il existe d’autres biens contre lesquels on peut les échanger. »

D’après la conception de la valeur ici adoptée, l’objet, quel qu’il soit, pour lequel on veut donner plus pour obtenir un autre objet, est des deux objets celui qui a le plus de valeur, il est une plus grande richesse. Et s’il y a deux localités, dans l’une desquelles le même objet est échangé plus avantageusement que dans l’autre, il a évidemment plus de valeur dans la première que dans la seconde.

De la notion fondamentale de la valeur découle la proposition suivante, qui peut paraître paradoxale au premier abord, mais qui est d’une parfaite simplicité. Par un changement de position de tous les articles qui existent, ces articles restant exactement les mêmes en quan-

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tilé et en qualité, il serait possible de détruire toute la richesse du inonde. Cette proposition résulte, en vertu de la loi de continuité, des observations ci-dessus. S’il est possible, par un simple changement de position, de donner au même article une plus grande valeur dans un lieu que dans un autre, on peut, en sens inverse, transporter l’article du point où il a plus de valeur à celui où il en a moins; et ou peut aisément en trouver un où il n’en aura pas du tout, et cessera d’être une richesse. Placez-le chez les gens qui n’en ont pas besoin, et ce ne sera plus une richesse.

On peut prendre pour exemple tous les trésors littéraires de l’Europe civilisée. Ce sont incontestablement des richesses en Europe, parce qu’ils y sont vivement désirés. Transportez-les chez les Hottentots ou les Esquimaux, et ils n’auront pas plus de valeur que le sable de la mer. Ils cesseront d’être richesse. Faites de même avec d’autres choses que les peuples civilisés estiment le plus, les diamants, les pierres précieuses, l’or. Transporlez-les chez les Bosjesmans ; elles cesseront d’être richesse. Faites de même de ce qui a le plus de valeur chez les Esquimaux. Un vase rempli d’huile ou de lard de baleine est pour eux un régal exquis; ils donneront beaucoup pour en jouir; il serait pour eux une richesse. Mettez le même objet sur la table au r dîner du Lord Maire; sera-t-il également estimé, y sera-t-il une richesse? On ne le croit pas.

Ces observations peuvent être appliquées successivement à chaque article, et elles font ressortir la vérité fondamentale que toute valeur est conventionnelle et locale. 11 n existe rien de pareil à une valeu?' intrinsèc^ue . Un article peut avoir de la valeur dans une plus grande ou plus petite sphère. Cette valeur est plus ou moins générale; mais elle ne peut être intrinsèque, par la bonne raison qu’elle exige l’opinion de quelqu’un pour exister.

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