‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 160 sur 187 · II. CRÉDIT · texte numérisé non relu

II. CRÉDIT

même temps que le connaissement ou le warrant. Le capitaine ou le chef de magasin est un simple dépositaire, un gardien, et non le propriétaire. 11 n’a pas le droit de s’en servir, ou, s’il le faisait, il commettrait un vol. Le connaissement ou le warrant forme donc une propriété unie aux marchandises, et ne peut pas en être séparé. Les marchandises suivent la pièce. On peut dire en pareil cas que la pièce les représente. Il ne s’agit pas ici d’un échange, et ces papiers n’ont pas de valeur, ils ne sont pas écbangeablesséparément. Ils ne sont pas échangeables pour des marchandises en général, mais ils forment des titres à

certaines marchandises et non à d’autres. Il n’a jamais été question de la valeur d’un connaissement ou d’un warrant. Les pièces ne sont pas du crédit, par la raison que leur propriétaire ne croit pas qu’il puisse obtenir des marchandises en échange, mais qu’il se sait le propriétaire de certaines marchandises. L’opération n’est pas un échange, c’est un dépôt.

Considérons maintenant un banquier, et supposons qu’un client lui apporte cent pièces d’or renfermées dans un sac, en le priant d’en prendre soin pour son compte, puis de les lui rendre sursa demande, à lui ou à quelqu’un par lui désigné. Ce dépôt n’attribuera pas au banquier de propriété sur cet argent. Il n’aura pas le droit de s’en servir pour son compte. S’il en donne un reçu, avec promesse de remettre la somme à celui à qui le reçu sera transféré, le reçu et la somme ne peuvent pas être séparés, et la somme circulera toujours avec le reçu ; sa nature sera exactement celle du connaissement ou du warrant. Le banquier sera le dépositaire ou le gardien de l’argent, et non le propriétaire. S’il l’emploie pour son compte, il sera passible de peines sévères.

Mais telles ne sont pas les relations ordinaires du banquier et de son client. Si le client compte de l’argent au

banquier, la propriété de l’argent passe entièrement à celui-ci. 11 n en est nullement le dépositaire, il en devient le propriétaire et a le droit de s’en servir à son gré pour son compte. En échange de cet argent il constitue un crédit en faveur de son client, promettant de payer la même somme sur demande. L’opération est eu réalité un échange ou une vente. Le banquier achète l’argent de son client pour lui vendre le droit de demander une égale somme à une époque qui lui conviendra. Il a donc été créé une propriété nouvelle. Le client peut transférer sa propriété à qui il lui plaira, le propriétaire pouvant l’échanger pour de l’argent ou pour autre chose. Cette propriété est appelée crédit, parce que son propriétaire croit qu'il pourra obtenir de 1 argent en échange, mais il n’y a pas de somme particulière qui y soit affectée. Le banquier n’est point dépositaire, il est le débiteur du client, et s’il tombait en faillite, ses clients n auraient droit qu’au partage de ses biens.

Ainsi le crédit ou la dette est une espèce de propriété indépendante, qui peut être achetée ou vendue, et cela pour des millions chaque jour. De même qu’il y a des boutiques pour le commerce du pain, des étoffes, des meubles, il y en a pour celui des dettes, et cés boutiques s’appellent des banques. De même qu’il y a des marchés aux poissons et au blé, il y a pour l’achat et la vente des dettes publiques un marché qui s’appelle la bourse.

Une dette étant une propriété indépendante, échangeable, vendue et achetée tous les jours pour des millions, la plus considérable des propriétés employée à l’achat des marchandises est donc, en vertu de la définition donnée par Aristote et par M. Mill, une richesse. Ceci fait ressortir la confusion qui régnait sur ce sujet; car, tandis que la notion commune du crédit est celle d’un transfert de capital, en réalité le crédit est la désignation d’une certaine espèce de propriété.

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