II. CRÉDIT
l’État de porter une lettre; et ce service est la valeur du timbre. Or il est évident qu’un timbre-poste est un objet de valeur, il circule comme une petite monnaie; on le reçoit à ce titre, parce qu’on a souvent des lettres à envoyer par la poste. Les timbres, étant convertibles en argent à tout bureau postal, font à tous égards partie de la circulation du pays. Ce sont, en Angleterre, des billets
d’un penny.
Toute la question se réduit à ce que la simple promesse de paiement est une propriété indépendante, échangeable, entièrement distincte de la chose elle-même et pouvant circuler comme elle. Ce fait peut surprendre quelques lecteurs au premier abord; mais, pour s édifier, ils n’ont qu’à interroger leur expérience quotidienne. Ne voient-ils pas les billets de banque, les chèques et les billets à ordre circuler pour des centaines de millions et accomplir toutes les fonctions de 1 argent?
La valeur étant la chose elle-même, il s’ensuit que, si la chose manque, la promesse a perdu sa valeur. Ce point de vue révèle la limite du crédit. Si l’on admet que le crédit soit, ce qu’il est en Angleterre sous sa forme la plus connue, la promesse de compter de l’argent, chaque paiement futur est une valeur présente. En conséquence, lorsque la possession de l’argent en tout temps est certaine, le droit de le recevoir est une propriété échangeable, qui peut être achetée et vendue.
Le crédit commercial, toutefois, ne repose pas sur une base aussi solide que la certitude de la possession de 1 argent, car il serait aussi sûr que l’argent lui-même et les pertes seraient inconnues. 11 est fondé sur 1 espérance de recevoir de l’argent à une certaine époque. Un commerçant achète des marchandises, et promet de 1 argent, sur l’attente raisonnable qu’il sera en mesure de les vendre pour de l’argent avant l’échéance de son billet, ou du
moins qu’il aura de l’argent avant ce terme. Il met donc ces marchandises en vente, dans l’espoir de trouver des acheteurs. S’il en offre plus que les circonstances ne le comportent, de manière qu’elles ne puissent pas être vendues, ou qu’elles ne le soient qu’au-dessous des frais de production, l’excès de production alors se réalise. Il est obligé d’acquitter ses billets avec d’autres fonds dont il dispose, ou de vendre une autre propriété; sinon il se ruine.
Dans les temps d’ardente spéculation et de fortes fluctuations des prix, il y a un grand danger d’excès de production par le moyen du crédit, particulièrement par l’abus du papier de complaisance. Une nouvelle voie est ouverte au commerce, et les premiers qui y entrent réalisent de grands profits. Un grand nombre d’autres, informés de ces grands profits, se jettent sur la même voie, en nsant du crédit. Le marché est inondé, les prix avilis, et le crédit émis pour ces opérations ne peut pas être racheté. Non-seulement, en beaucoup de cas, il s’ensuit la ruine des spéculateurs, mais souvent aussi celle des banques qui ont escompté les billets.
L’institution des banquiers et des banques qui crée une monnaie sous la forme de billets ou de dépôts, étend considérablement les limites du crédit. Néanmoins le principe de la limite reste le même. La quantité plus considérable de monnaie qu’ils émettent par leur crédit, les met à même de diminuer le taux de l’escompte. Ces dettes de banque prennent la place de l’argent, et en remplissent les fonctions dans toutes les transactions intérieures. Lorsqu’un banquier crée ces dettes, en achetant des dettes commerciales, ses débiteurs doivent se procurer l’argent nécessaire, ou les billets d’autres banquiers, ou les billets du banquier lui-même pour acquitter leur obligation. Si les choses se passent ainsi, le crédit
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