II. CRÉDIT
Jean Law , et comme c’est en réalité des débats provoqués par la terrible catastrophe de l’affaire du Mississipi, que l’économie politique moderne, on peut le dire, a commencé son existence, il convient de parler de cet homme (1).
i® Opinioks de Law.
La plupart ne voient dans Lasv que 1 auteur d un projet qui produisit une grande catastrophe financière, analogue à l’entreprise aventureuse de la mer du Sud. Cette dernière était une pure escroquerie, et comme Tune et 1 autre affaire aboutirent à un grand désastre vers la meme époque, la plupart les assimilent et qualifient du meme nom leurs promoteurs. Or, en cela on se trompe fort. Law n’était pas un escroc. Les ennemis eux-mêmes et les adversaires de son système rendent témoignage de sa probité et de sa sincérité, et même après la chute de son système, les hautes classes de la société le traitèrent avec les plus
grands égards. ^ ,
Ses œuvres comprennent deux catégories distinctes .
d’une part, celles qui portent sur les banques et le papier de crédit; de l’autre, son traité sur le papier-monnaie. Les premières furent écrites en français et présentées au duc d’Orléans, régent de France. Le traité sur le papier-monnaie fut publié en anglais à Édimbourg, en 1705. Rien de meilleur et de plus sain que les écrits sur les banques et le papier de crédit. Ils furent alors le plus satisfaisant exposé de la matière qui eût encore paru, et ils sont encore aujourd’hui au nombre des meilleurs. Mais la théorie du ^ papier-monnaie adoptée par Law est une chose toute di férente et n’a pas de rapport avec ses doctrines sur le crédit. Ce n’est pas le lieu de l’examiner.
(1) Tout le monde connaît l’écrit remarquable de M. Thiers sur Law et son système.
Sa carrière, de même que ses œuvres, offrent deux parties distinctes. Tant qu’il borna ses opérations à l’exercice légitime des fonctions de banquier, elles furent des plus heureuses. On vit rarement la prospérité se rétablir avec plus de rapidité que sous la banque de Law, Le pays et lui s’en seraient bien trouvés, s’il s’en fût tenu là. Ce fut seulement quand il appliqua sa théorie sur le papier-monnaie que le désastre éclata. Mais il ne s’ensuit pas qu’il fût un coquin ; cela prouve seulement que sa théorie était erronée. C’est cependant une théorie qui a encore des admirateurs sans nombre, et la réfutation de son erreur exige le savoir économique le plus ingénieux.
Mais il s’agit ici de montrer que Law professait que le crédit équivalait à un accroissement delà monnaie. Dans le premier de ses Mémoires sur la banque, il s’exprime ainsi : « Les crédits sont nécessaires et utiles; ils font les mêmes effets et les mêmes biens dans le commerce que si la quantité de la monnaie était augmentée.'» Il signale les avantages que l’Angleterre a retirés de l’institution du crédit durant la guerre avec la France, L’Angleterre était dans un grand embarras, faute d’argent. « Elle s’est avisée, ajoute-t-il, d’introduire des crédits qui ont suppléé aux espèces et soutenu ses manufactures et son commerce, qui, sans ce secours, auraient été ruinés par de si longues guerres qui ont causé un grand transport d’espèces, et sous lesquelles l’Angleterre aurait succombé sans les crédits dont elle s’est bien servie. » 11 dit ensuite : «La banque est une espèce de crédit ; » puis, de la banque d’Angleterre en particulier : « Le bien que la banque fait en augmentant la quantité de la monnaie. »
Ces citations et d’autres, qui ne sont pas ici reproduites, prouvent que Law voyait dans le crédit une propriété échangeable, distincte et indépendante, qui s'ajoutait aux espèces et aux marchandises. Jamais il ne commet