‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 180 sur 187 · II. CRÉDIT · texte numérisé non relu

II. CRÉDIT

l’étrange confusion de la doctrine qui considère le crédit comme un transfert de capital.

2® Opinions de Tcrgot.

Cette confusion, qui règne encore aujourd’hui chez tant d’écrivains, commença avec Turgot. Étant encore au collège, âgé de 22 ans, il se mit à réfléchir sur le système de Law, et adressa une lettre sur cette question à 1 abbé de Cicé. Cette lettre contient une expression qui a été comme la tonique d’une erreur assidûment propagée depuis lors, par une longue série d’écrivains, en France et en Angleterre. 11 écrit ceci : « En un mot, tout crédit est un emprunt, et a un rapport essentiel à son remboursement. » Telle est la première formule de la grande confusion au sujet du crédit. Des écrivains antérieurs avaient reconnu que le crédit était une espèce de propriété échangeable, qui faisait fonction de monnaie. Turgot a fait du crédit une opération . Quand on soutient que le crédit est un emprunt, on se fait une aussi fausse conception de sa nature que si l’on soutenait qu’une pièce d’or est le transfert d un livre. En outre, le mot emprunt est ambigu ; on a expliqué plus haut que ce mot répond à la fois aux deux mots latins ;m<tuum et commodum. Une opération de crédit est toujours un échange où la propriété de la chose prêtée passe à l’emprunteur, et où le prêteur reçoit en retour ^ droit-propriété de réclamer à une époque ultérieure équivalent de la chose prêtée. Turgot reconnaît judicieusemenl que tout crédit implique un futur remboursement. Effectivement le crédit signifie le droit à un paiement futur, et c’est précisément parce que ce droit peut s échanger pour quelque chose à une époque ultérieure qu il a de la valeur et peut être vendu et acheté comme toute

autre propriété.

3“ Opinions d’Adam Smith.

Les discussions sur le crédit dont le germe est contenu dans 1 extrait précité de Turgot, ne commencèrent pas du temps d’Adam Smith. 11 n’y prit donc aucune part. Bien que ses doctrines sur la puissance du crédit* soient contradictoires, il s’accorde parfaitement avec lui-même sur sa nature. 11 voit constamment dans le crédit une propriété indépendante, échangeable.

Entre les citations que M. Macleod donne à l’appui de ce jugement, nous en reproduirons quelques-unes. « Dans les grandes villes le commerce peut se développer quand le capital s accroît, et le crédit de l’homme frugal prospère et s’accroît plus rapidement que son capital. Ses affaires peuvent s’étendre dans la proportion de l’un et de l’autre.» Puis, ces passages qui rangent le crédit sous la dénomination de capital : « La monnaie, qui est la grande roue de la circulation, comme les autres instruments du commerce, fait une partie, et une partie considérable, du capital... La substitution du papier à la monnaie d’or et d’argent remplace un instrument de commerce très-dispendieux par un

autre qui coûte moins Le grand commerce de toute

société civilisée est celui qui s’effectue entre les habitants de la ville et ceux de la campagne. Il consiste dans 1 échange des produits bruts contre les produits manufacturés, ou directement, ou par l’entremise de l’argent ou de quelque papier qui représente la monnaie. » Ces extraits prouvent suffisamment que jamais Adam Smith n’a

commis l’erreur de supposer que le crédit est un transfert de capital.

U. CRÉDIT

4® Opinions de J. B. Saï.

C’est J. B. Say, qui, suivant les traces de Turgot, a imaginé la phrase tant répétée par des écrivains irréfléchis, que ceux qui considèrent le crédit comme un capital, soutiennent que la même chose peut se trouver en deux endroits à la fois.

La question du crédit implique l’admission de la propriété immatérielle dans l’économie politique. Or, Say est tombé sur ce point dans les plus grandes contiadictions. Dans un endroit, il soutient que les produits immatériels ne sont pas du capital, et que les aptitudes des hommes ne font pas partie de la richesse nationale; dans un autre, il les comprend dans cette richesse. Ici, il prétend que tout, capital transférable est composé de produits matériels, ayant une valeur intrinsèque; puis, dans une note sur ce passage, il reconnaît qu’il y a des capitaux non incorporés dans un objet matériel, tels que la clientèle d un notaire ou d’un commerçant. Say n’est pas moins inconséquent avec lui-même en ce qui touche la valeur. Il parle souvent de valeur intrinsèque, de valeur inhérente à une matière, et il dit quelque part : « La valeur que les hommes attachent aux choses. »

Celte inconsistance se retrouve en matière de crédit. Sur ce terrain M. Macleod accumule les preuves, en les puisant tantôt dans le Traité de Say, tantôt dans son Cours complet. A la suite des déclarations explicites de notre compatriote que le crédit est une richesse, il cite ce malheureux passage qui a troublé tant d’esprits : « Ou s’imagine que le crédit multiplie les capitaux. Cette erreur, qui se trouve reproduite dans une foule d’ouvrages dont quelques-uns sont même écrits ex professe sur l’économie politique , suppose une ignorance absolue de la nature et des fonc-

lions des capitaux. Un capital est toujours une valeur trèsréelle et fixée dans une matière, car les produits immatériels ne sont pas susceptibles d’accumulation. Or, un produit matériel ne saurait être en deux endroits à la fois et servir à deux personnes en même temps. » Say dit ailleurs : « Le manufacturier qui achète à crédit des matières premières, emprunte à son vendeur la valeur de ces marchandises pour tout le temps où ce dernier lui fait crédit, et cette valeur qu’on lui prête lui est fournie en marchandises qui sont des valeurs matérielles. Or, si l’on ne peut prêter et emprunter une portion du capital qu’en objets effectifs et matériels, que devient celte maxime que le crédit multiplie les capitaux? Mon crédit peut bien faire que je dispose d’une valeur matérielle qu’un capitaliste a mise en réserve ; mais s’il me la prête, il faut qu’il en demeure privé : il ne peut en même temps la prêter à une autre personne; la même valeur ne saurait servir deux fois en même temps. »

Ailleurs enfin Say démontre tout au long qu’une banque de circulation augmente véritablement la somme des richesses nationales et que les billets de crédit constituent un nouveau capital. «Ainsi, s’écrie à cette occasion M. Macleod, J. B. Say, qui est réputé l’économiste par excellence, qui a prouvé que ceux qui soutiennent que le crédites! du capital, sont de pauvres têtes capables de croire que la même chose peut être en deux endroits à la fois, déclare lui-même expressément que le crédit est du capital!!! »

3® Opimions de J. St. Mill.

Les erreurs de Turgot et de Say ont été répétées par une multitude d’esprits tant en France qu’en Angleterre. Ils sont trop nombreux pour être ici passés en revue. C’est parmi eux aux opinions de M. J. St. Mill que

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