‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 181 sur 187 · II. CRÉDIT · texte numérisé non relu

II. CRÉDIT

M. Macleod borne son examen. M. Mill est-il ou non plus

conséquent que Say avec lui-même?

M. Mill a donné cette définition : « Tout ce qui a le pouvoir d’acheter, fait partie de la richesse. » Et il ajoute : «La monnaie, étant l’instrument d une importante utilité publique et particulière, est justement réputée richesse ; mais toute autre chose qui sert un intérêt humain et que la nature ne donne pas gratuitement, est de la richesse. » Voilà des propositions d’une grande généralité, qui établissent que tout ce qui peut être acheté et vendu, quelle qu’en soit la nature, est richesse. Par conséquent, si des billets de banque, des billets à ordre ou de crédit, peuvent être achetés et vendus, ils sont de la richesse, en vertu de la définition.

Voici maintenant comment M. Mill définit le capital. D’après lui, la monnaie peut être un capital productif par l’échange avec autre chose, et toute autre chose susceptible d’échange peut contribuer de même à la production. Or, on sait que les billets de banque et les billets à ordre, ou le crédit, peuvent être et sont échangés pour d’autres choses, comme l’argent.

Ainsi M. Mill admet implicitement que le crédit est du capital ; et cette doctrine est plus nettement reconnue par ce titre d’un de ses chapitres : Du crédit comme substitut de r argent . Si une chose est le substitut d une autre, il faut qu’elle soit de la même nature générale, non aussi élevée, non aussi excellente peut-être, mais de même espèce. Des choses entièrement différentes ne peuvent être substituées l’uneàl’autre. Si, par exemple, quelqu’un nepeutobtenir de la bière de première qualité, il pourra recourir à la petite bière comme substitut. Mais une paire de souliers ne servira jamais de substitut pour un verre de bière. Si donc le crédit est un substitut de l’argent, il faut qu’il soit de la même nature. Or, l’argent étant une propriété

échangeable, distincte et indépendante, le crédit doit l’être aussi. L’argent, employé d’une certaine manière, étant un capital, le crédit est dans le même cas. Si l’argent est capable d’être un capital productif, le crédit doit l'être également.

« Le crédit, ditM. Mill, n’est j)as un pouvoir de produire, mais un pouvoir d’acheter. » En cela il se contredit; car il déclare que tout ce qui a le pouvoir d’acheter est richesse. Or, s’il admet que le crédit a ce pouvoir, il y reconnaît une richesse; or, si le crédit est richesse, il peut être, de son aveu, capital productif.

M. Mill fait observer qu’un mode dans lequel le crédit est employé comme substitut pour la monnaie est celui de paiement, et entre autres des chèques. Pour lui, par conséquent, ces promesses et ces chèques sont dn crédit. Dans un autre endroit il reconnaît formellement que ces instruments de crédit sont des propriétés échangeables, indépendantes, des articles de valeur. « Un ordre ou un billet payable à vue pour une once d’or, lorsque le crédit n’est pas altéré, ne vaut ni plus ni moins que l’or luimême... Nous avons reconnu qu’il y a d’autres choses, telles que billets de banque, billets à ordre, qui circulent comme de l’argent et en accomplissent toutes les fonctions. » Voilà une déclaration explicite que le crédit accomplit toutes les fonctions de l’argent, et que, comme une des fonctions de l’argent consiste à être un capital productif, le crédit peut être un pareil capital.

Ce qui résulte de ces citations et de beaucoup d’autres que nous omettons ici, c’est que M. Mill affirme que le crédit est un capital. Or, le croira-l-on, non-seulement il le nie, mais il raille la stupidité de ceux qui le croient.

« Les fonctions du crédit ont donné lieu, dit-il, à autant d’erreurs et de confusions d’idées que toute autre question économique. Gomme exemple, nous citerons les exagéra-

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