‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 182 sur 187 · II. CRÉDIT · texte numérisé non relu

II. CRÉDIT

tions qu’on débite si souvent sur son importance nationale. Le crédit a un grand pouvoir, mais non, comme on le dit, un pouvoir magique; il ne peut faire quelque chose de rien. Que de fois une extension du crédit n’est-elle pas réputée l’équivalent d une création de capital, comme si le crédit était effectivement du capital! Il semble étrange qu’on ait besoin de faire remarquer que le crédit, n’étant que la permission de se servir du capital d une autre pei— sonne, ne peut accroître les moyens de production, mais seulement les transférer. Si les moyens de production de l’emprunteur sont accrus par le crédit qu il a reçu, ceux du prêteur sont diminués d’autant. La même somme ne peut être employée en même temps par son propriétaire et par celui à qui elle a été prêtée ; elle ne peut servir, comme salaires, outils et matériaux, à deux escouades d’ouvriers à la fois. Le capital que A a emprunté de B et emploie à son lisage, fait encore, il est vrai, partie de la richesse de B sous d’autres rapports ; il peut conclure des engagements en comptant sur ce capital et même emprunter, s’il y a lieu, une somme équivalente sur ce gage; de sorte qu’à des yeux superficiels il pourrait paraître que B et A ont à la fois l’usage du même capital. Mais la plus légère réflexion montrera que, lorsque B a remis son capital à A, l’usage du capital est entre les mains de A seulement, et que A n’en retire de service qu’autant que son droit ultérieur l’aide à obtenir de G un autre capital. Tout capital non personnel, dont quelqu un a 1 usage, est autant de retranché d’autrui. Le crédit n’est rien de plus qu’un transfert du capital d’une main à 1 autre. »

Ges extraits révèlent d étonnantes contradictions. Dans les premiers, M. Mill reconnaît que le crédit est une promesse de paiement, qui, comme il le répète, est une propriété échangeable, indépendante, ayant la valeur de l’argent, pouvant servir sous tous les rapports comme de

l’argent et en accomplir toutes les fonctions, par suite pouvant être aussi capital. Dans le dernier extrait il adopte une autre conception du crédit; d’une promesse de paiement il fait un transfert de capital. Or, on le demande, est-ce qu’un billet de banque est le transfert d’une marchandise? une pièce d’or, la vente d’une marchandise? une propriété indépendante, letransfert d’un autre objet, une opération?

M. Mill nous apprend que le crédit ne peut faire quelque chose de rien. Qui le prétend? Une pièce d’or peutelle faire quelque chose de rien ? Ce n’est pas le crédit qui fait de rien quelque chose; mais c’est le crédit lui-même, propriété de valeur, qui est créé de rien, par la volonté des individus, et qui, Say et Mill le reconnaissent itérativement, est capable de remplir toutes les fonctions de la monnaie.

On remarque en outre l’erreur profonde de M. Miil lorsqu’il soutient que le crédit n’est rien de plus qu’un transfert de capital. 11 est inexact que le crédit soit toujours créé dans un échange de marchandises. Les affaires profitables des banques consistent à acheter des dettes en en créant d’autres, de sorte que du crédit est créé pour acheter du crédit.

Il résulte de cet exposé que M. Mill n’est pas fondé à railler les autres pour leurs notions confuses sur le crédit, lorsque son propre ouvrage est un exemple éclatant delà confusion qui, dit-il, prévaut dans la matière. Que dirat-on du logicien qui est incapable d’apercevoir la différence entre une quantité indépendante et une vente de marchandises ?

6“ Théorie de M. Cieszkowski.

Il reste à mentionner une conception du crédit, qui a, on le croit, pour auteur le comte Cieszkowski dans son

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