I. LES DOCTRINES
beaucoup plus intense que le service offert dans le premier.
On peut supposer aussi le naufrage d’un navire à quelque distance de la terre, et un passager cramponné au mât qui surnage. Le batelier qui viendra à son secours, pourra exiger de lui un prix considérable pour la vie qu’il lui aura sauvée. Non que ce soit une grande chose en elle-même que de parcourir en bateau un ou deux kilomètres ; mais, dans la circonstance, ce service serait d’une grande intensité. S’il ne se présente qu un seul batelier, l’homme qui se noie est entièrement à sa merci. Mais s’il s’en présente deux ou plusieurs, ils se feront sans doute entre eux concurrence, et le prix sera réduit pour un service qui est de la même intensité, quel que soit celui qui l’a rendu. Ainsi l’intensité du service aura élevé le prix, la puissance absolue du batelier unique sur l’homme près de se noyer l’élèvera encore plus ; mais l’existence de concurrents pour rendre le service diminuera la puissance de chacun d’eux sur celui qui le paie, et par suite diminuera le prix.
Le prix de tout service rendu se compose donc de deux éléments : l’un est l’intensité du service, ou le besoin qu’éprouve l’individu qui le reçoit ; l’autre est la puissance de l’individu qui le rend sur ce dernier. Le prix varie avec l’intensité du service et avec la puissance du vendeur. Mais si le prix augmente par la puissance du vendeur, il diminue par la puissance de l’acheteur. Entre l’un et l’autre c’est un continuel débat, et chaque partie a ses armes. Il y a deux éléments, qui, dans cette lutte, déterminent le point où ils se neutralisent, et, suivant que l’un l’emporte sur l’autre, le prix hausse ou baisse, comme l’écume au conflit de deux flots opposés recule ou avance selon la force de chacun.
C’est pourquoi la règle qui détermine les prix, peut être formulée en ces termes :
U EXPOSÉ GÉNÉaAL.
Le prix varie en sens direct de ï intensité du service rendu ^ et en sem inverse de la puissance de f acheteur sur le vendeur.
Cette formule est d’une application universelle et comprend les transactions de toute nalure.
« Une telle loi, fait observer M. Macleod, obtenue par une rigoureuse induction de cas imaginés, mais possibles, et par conséquent admis dans la science, de ces cas si vivement recommandés par Bacon pour la découverte des principes généraux, est la grande loi générale qui régit les rapports d’échange des quantités ou des objets dont nous nous occupons. C’est une application de ce qu’on appelle la loi de continuité dans la philosophie de l’induction ; la loi, étant démontrée vraie aux deux extrémités des prix, est nécessairement vraie à tous les points intermédiaires. »
Après avoir ainsi établi la loi générale des prix, qui n’est, au fond, que la loi de l’offre et de la demande, expliquée et précisée, M. Macleod se propose d’en suivre l’application, d’abord aux cas où la propriété de l’objet passe du vendeur à l’acheteur, où il y a un changement effectif de propriété, c’est-à-dire aux ventes ; puis aux cas où l’acheteur acquiert seulement un usage temporaire, un droit de possession durant un temps limité, sans qu’il y ait changement de propriété, la propriété restant au vendeur et la possession lui revenant à l’expiration du terme.
A. Application de la loi des prix aux cas de vente.
Au lieu de déduire immédiatement les conséquences de la loi générale, ce qui eût élé la marche naturelle