I. LES DOCTRINES
qu’une formule embrassant tous les cas sans exception. » Attaquant ensuite la loi posée par Ricardo, il ajoute : « Cette loi est si manifestement fausse et incomplète, que ses plus ardents admirateurs eux-mêmes ont été obligés de l’amender. Ainsi M. J. S. Mill, en résumant les causes qui déterminent la valeur, s’exprime comme suit : « L’offre et la demande régissent la valeur de toutes les choses qui ne peuvent être indéfiniment augmentées, sauf que, même pour elles, quand elles sont l’œuvre de 1 industrie, il y a un minimun de valeur, déterminé par les frais de production. Mais, dans toutes les choses qui comportent une multiplication indéfinie, l'offre et la demande ne déterminent les perturbations de la valeur que durant une période qui ne peut excéder le temps nécessaire pour modifier l’approvisionnement. » Cette conclusion est, s’il est possible, pire que celle de Ricardo. Ricardo écarte hardiment ce qui ne cadre pas avec sa théorie. Mais M. Mill procède exactement comme ceux qui, en astronomie, expliqueraient certains phénomènes par la théoiie de Ptolémée et d autres par celle de Copernic et de^e\\ton. D après la maxime de Bacon que ce qui dans la théorie est la cause, est la règle dans la pratique, la règle de Ricardo, si elle était vraie, signifierait que, pour changer la valeui d une marchandise, nous n’aurions qu cl changer les fiais de sa production. Elle impliquerait que la persévérance à dépenser beaucoup dans la production d’un article finirait par élever sa valeur. Une telle doctrine est évidemment absurde; car lorsqu’une marchandise est produite en plus grandes quantités qu’il n’est nécessaire, sa valeur tombe infailliblement, et nous verrons plus loin que, dans beaucoup de cas, quand les
frais de production augmentent, la valeur peut diminuer. »
M. Macleod croit devoir insister avec force sur des
erreurs capitales; et l’importance des matières nous oblige de reproduire tous ses développements.
« Adam Smith et Ricardo prétendent qu’il y a deux espèces de prix, le prix naturel et le prix courant. Voici ce que dit Adam Smith : « Si le prix d’une marchandise n’est ni plus ni moins que ce qui suffit pour payer la rente de la terre, les salaires du travail et les profits du capital employé à la produire, à la préparer et à la porter sur le marché, au taux naturel, la marchandise obtient ce qu’on peut appeler son prix naturel. » Cette idée, qui a un air de bon sens, de clarté et de précision, pourrait aisément surprendre l’assentiment d’un esprit irréfléchi. Mais dès qu’on l’analyse, on trouve qu’il serait difficile, dans moins de lignes, de trouver plus de vague et d’inexactitude ; et l’on essaie vainement d’en tirer quelque sens. Qu’est-ce que la naturelle de la terre ? Quels sont les salaires naturehàw travail? Quels sont les profits natureh du capital? Un producteur peut être plus habile et plus industrieux qu’un autre, peut découvrir des procédés plus économiques que ses voisins, et ces différences peuvent exister à bien des degrés. Prenons le blé pour exemple. Le blé croît dans un pays où les salaires sont de 20 fr. par semaine, dans un autre où ils sont de lo, dans un troisième où ils sont de 10, dans d’autres, enfiu, où il vient par le travail des esclaves. La rente peut être par hectare, ici de 30 fr., là de 20, ailleurs de 15. Quelle est entre ces rentes \d.naturellel Les frais de transport varient également suivant les pays. Des blés produits dans ces diverses circonstances, se confondent sur le même marché, et il n’arrive jamais que cha((ue lot séparé soit vendu à ce qu’Adam Smith appelle son prix naturel. N’est-il pas notoire, au contraire, que les blés de même qualité, sur le même marché, au même moment, se vendent au même prix, qu’ils viennent d’Exeter ou du Pérou, qu’ils soient