‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 26 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

produits à 100 fr. ou à 10 l’hectolitre. Rien n’exerce d’influence sur le prix du marché, que l’offre et la demande. Si une petite quantité de blé, produite à très-bas prix, est apportée sur le marché, sa valeur sera celle du prix qui y règne. Si la quantité est considérable, elle diminuera la valeur de tous les blés existant sur le marché, quels qu’aient été leurs frais de production. A la nouvelle d’une déclaration de guerre qui arrive sur un marché paisible, le prix prend immédiatement de l’essor, parce qu’on craint que la guerre ne tarisse les sources d’approvisionnement. Si, au contraire, au milieu d’une guerre, on apprend la défaite d’un ennemi redouté, le prix tombe subitement, parce qu’on espère la paix qui rétablira l’abondance. Toutes ces causes et autres, qui influent sur le prix du blé, agissent uniquement par la perspective des changements dans le rapport entre l’offre et la demande qu’on en attend, sans le moindre souci des frais de production.

« Les deux systèmes d’Adam Smith et de Ricardo, malgré une différence apparente, sont identiques, par leur erreur fondamentale. L’un et l’autre voient dans le producteur celui qui donne la valeur à l’objet, tandis que c’est, au contraire, le consommateur. Adam Smith prétend que c’est le travail que le producteur applique à la marchandise qui lui donne de la valeur, lorsqu’il est hors de doute que les marchandises n ont pas de valeur parce que beaucoup de travail y a été employé, mais que beaucoup de travail y est employé parce qu’on les désire beaucoup et qu’on les payera cher, que, par suite, elles auront beaucoup de valeur. Ricardo soutient que les frais de production règlent la valeur. Mais il est incontestable que les marchandises n’ont pas de valeur parce qu elles ont été produites à grands frais, mais qu on dépense beaucoup d’argent à les produire parce qu on espère que d’autres en donneront un bon prix.

îiO EXPOSÉ GÉNÉRAL.

« La loi universelle en économie -politique, c’est, par conséquent, que le rapport entre la demande et l’offre est le régulateur unique de la valeur. Cette loi, de même que la loi de la gravité, est à l’épreuve de tous les cas. Elle régit non-seulement la valeur de tous les objets, mais celle de chacun de leurs éléments. On peut démontrer que toutes les circonstances qui influent sur la valeur, n’opèrent qu’en modifiant le rapport de l’offre et de la demande.

« Le prix est une lutte perpétuelle entre l’acheteur et le vendeur, et les circonstances qui obligent l’un des deux à céder, constituent la seule mesure de la valeur au moment de l’achat. L’allégation que les frais de production règlent les prix n’est vraie qu’en ce sens que personne ne vend volontiers un objet de sa production à un prix plus bas que ces frais, avec quelque chose de plus comme rémunération de son travail, et qu’il ne continuerait pas longtemps sur ce pied. Mais, tout en se fixant cette dernière limite, le vendeur essaie toujours d’obtenir tout ce qu’il peut, et ce qu’il peut obtenir est déterminé par la règle énoncée plus haut, savoir : par le besoin que l’acheteur éprouve du service, et en même temps, parle nombre des concurrents, prêts à le rendre. D’un autre côté, l’acheteur ne se préoccupe pas des frais de production ; sa seule pensée est d’acheter au meilleur marché possible, et il ne s’inquiète pas de savoir si le vendeur vend ou non à perte. Delà il résulte que si la valeur vénale d’une marchandise tombe au-dessous de ses frais de production, la marchandise à la longue cessera d’être produite. Chacun essaie de produire au meilleur marché et de vendre le plus cher possible, et les deux opérations sont tout à fait indépendantes l’une de l’autre.

« Quand nous déclarons que le rapport entre l’offre et la demande est le régulateur unique de la valeur, nous

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