I. LES DOCTRINES
entendons qu’un changement de valeur dépend uniquement d’un changement de ce rapport et ne dépend de rien autre chose. Nul changement dans les frais de production ne provoquera de changement dans la valeur, s’il n’est accompagné d’un changement dans le rapport de l’offre et de la demande, et c’est seulement par l’effet d’une pareille altération qu’un changement dans les frais de production est accompagné d’un changement dans la valeur.
« Afin d’éclairer ce point, nous donnerons quelques exemples. Supposons que les bas soient à un certain prix sur le marché et qu’à ce prix ils trouvent un certain débit ; supposons, en outre, qu un peu avant l’emploi d’une machine, un manufacturier ait occupé cent ouvriers, puis, qu’il ait inventé une machine avec laquelle il produira la même quantité de bas, en dépensant ce que lui coûtaient cinquante ouvriers. S’il se borne à produire la même quantité, la demande restant la même, aucune altération n’aura lieu dans les prix, et tout le profit dérivé de la diminution des frais de production entrera dans sa poche. S’il n’augmente pas sa fabrication, le prix du marché demeurera intact, tout suivra son cours; seulement le manufacturier réalisera d’énormes profits, dus à sa sagacité et à son génie inventif. Mais la matière première des bas peut être fournie en quantités illimitées; il désirera naturellement accroître sa fabrication et réaliser des profits plus gros encore; en pareil cas, la quantité augmentée ne se vendra pas, si ce n est à un prix diminué de manière à étendre le cercle des acheteurs ; mais comme ses frais de production ont diminué, il sera en mesure de vendre à un prix réduit, et plus il voudra vendre, plus il devra réduire son prix. Il est évident que la quantité supérieure versée par lui sur le marché et offerte à un prix réduit affectera les prix de tout ce qui existe sur ledit marché, parce que
tous les autres marchands seront obligés, pour vendre, de se résigner au même prix. Chacun devra mettre ses prix au niveau du prix du marché, et s’il ne peut plus produire à ce dernier prix, cesser sa fabrication ; et comme nous pouvons supposer des degrés différents d’habileté chez les différents manufacturiers, il est clair qu’à chaque réduction de prix du marché, les moins habiles à produire à bon marché cesseront successivement de travailler. Ainsi, c’est le prix du marché qui règle le montant des frais qui peuvent être faits dans la production ; et c’est la quantité qui peut être produite au meilleur marché, comparativement à la totalité des ventes, qui règle le prix du marché.
« Ces faits font ressortir la fausseté du principe de Ricardo, que ce qui règle les prix, ce sont les frais de production dans les circonstances les plus défavorables. Le contraire est la vérité. C’est le prix qui règle les plus grands frais de production qui peuvent être faits, ou les circonstances les plus défavorables dans lesquelles la production peut avoir lieu.
« Complétons ces explications par l’exemple du grain. La théorie de la rente de Ricardo est un de ses principaux titres. Ricardo suppose que, lorsqu’un pays est pour la première fois occupé, le sol le meilleur et le plus fertile est cultivé en premier lieu, et qu’avec l’accroissement de la population la culture s’étend peu à peu aux terrains de qualité inférieure et aux plus éloignés des marchés, pour lesquels les frais de transport augmentent avec la distance. Cette hypothèse est parfaitement légitime. Le cultivateur qui veut vendre son grain a des frais à faire pour le porter sur un marché donné ; et il est évident que les frais de la production du grain dans différentes localités se graduent. Les profits, ou la différence entre les frais et la somme reçüe, doivent donc varier sur une échelle graduée jusqu’à ce qu’ils se réduisent à rien, et alors le cultivateur finira par