I. LES DOCTRINES
ne plus être disposé à porter son grain au marché. Supposons maintenant un marché approvisionné en grains produits à divers frais de production de manière que la dernière quantité apportée fournisse juste le profit suffisant pour mettre le grain en vente. Dans ce cas, Ricardo assure que c’-est le grain produit dans les circonstances les plus défavorables qui règle le prix du marché. Il est évident que c’est exactement le contraire; c’est le prix qui indique les circonstances les plus défavorables, c’est-à-dire les plus fortes dépenses au moyen desquelles le grain peut être produit.
« Si l’on admet que, tandis qu’un grand nombre de cultivateurs envoient leur grain au marché, l’un d’eux devienne plus habile, invente quelque moyen de diminuer les frais de culture, ou découvre un engrais qui augmente le produit, s’il ne fait pas un plus grand envoi que précédemment, le prix du marché ne changera pas, et l’ingénieux cultivateur percevra les profils extraordinaires provenant de la diminution de ses frais. 11 en est de même des autres cultivateurs, qui peuvent diminuer leurs frais, s’ils n’augmentent pas leurs envois. Mais si les envois s’accroissent, la denrée devra être offerte à un prix réduit, afin de provoquer une vente plus considérable. Cette réduction du prix annihilera les profits sur la quantité produite le plus chèrement, et le grain cessera d’être produit dans de pareilles circonstances. S’il est introduit du grain de l’étranger, le prix diminuera sur le marché, et détruira les profits des quantités produites dans les circonstances les plus défavorables. Si 1 importation devient plus considérable, les quantités produites dans des circonstances de plus en plus défavorables cesseront successivement d’être produites. Si elle diminue, au contraire, le prix du marché se relèvera, et la culture pourra être successivement reprise. C est toujours, on le voit, le rapport entre l’offre et
la demaDde qui règle le prix courant, et le prix courant qui règle les frais de production les plus élevés, ou indique
les circonstances les plus défavorables dans lesquelles peut avoir lieu la production. »
M. Macleod rappelle à ce sujet rhistoire de l’agriculture ang aise durant la guerre du commencement de notre siecle, où 1 on vit les terres de qualité inférieure tour à tour mises en culture et abandonnées sous l’influence de prix élevés ou bas. Il ajoute que le même principe est applicable a 1 exploitation des mines, et mentionne à l’occasion des mines de houille, comme un fait accablant pour la doctrine de Ricardo, les différences de qualités des couches qui, apres avoir exigé les mêmes frais, obtiennent les prix les plus différents, suivant leurs qualités.
Il conclut que Ricardo , au lieu de tenir ce langa^^e confus : « Quand la terre de qualité inférieure est mise en culture, la valeur de la denrée s’élève, parce qu’il faut plus de travail pour produire, » aurait dû s’exprimer ainsi :
« Quand la valeur de la denrée s’élève, la terre de qualité inférieure sera mise en culture, parce qu’on pourra y employer avec profit plus de travail. »
« Ce n est pas là, ajoute-t-il triomphant, une simple dispute de mots; c’est une différence essentielle de principe entre deux systèmes distincts d’économie politique. Ricardo a pris l’effet pour la cause; ses idées sont aussi erronées que si, en composant un traité sur la chaleu- il avait posé en principe que c’est l’ascension du mercure qui règle la chaleur de l’atmosphère, ou que son ascension dans le baromètre est la cause du beau temps. «
arguments, de nouveaux faits achèvent la
éfaite de Ricardo; et le débat se termine par les formules ci-apres :
1“ Aucun changement dans les frais de production ne cause de changement dans la valeur, s’il n’est accompagné