I. LES DOCTRINES
les petits boutiquiers des districts ruraux, à vendre cher leurs marchandises, à la grande indignation de certains individus qui se récrient contre ce qu’ils appellent les exactions des marchands de la campagne, ne réfléchissant pas que si ces marchands ne peuvent vivre de leur négoce, ils doivent y renoncer et laisser ainsi la population au dépourvu. Des tentatives de concurrence, suggérées par ces bonnes intentions, dont l’enfer, dit-on, est pavé, ont eu les plus tristes résultats. En principe rien ne cause plus de préjudice au commerce que l’intrusion des non-commerçants. L’histoire abonde en exemple des désastres provoqués par l’intervention maladroite des gouvernements.
L’impossibilité de vivre d’un seul métier dans les districts ruraux oblige d’en exercer plusieurs. M. Macleod dit avoir vu dans une petite ville de bains le prospectus d’un marchand, qui faisait à la fois trente-six commerces. C’était de même partout à l’origine ; et l’on sait qu’à mesure des progrès de la population et delà richesse s’accuse de plus en plus cette séparation des industries, ou ce qu’Adam Smith appelle la division du travail, division poussée aujourd’hui si loin dans les grands cen- ^ très (1).
Si, lorsque les transactions sont rares et insignifiantes, les prix et les profits doivent être élevés, ils tendent à s’abaisser par leur multiplicité et leur développement. Dans j la Cité de Londres les marchandises sont souvent de 25 j p. 100 moins chères que dans les faubourgs, et cette réi duction n’est pas entièrement le résultat de la concurrence, qui est également active sur les deux points ; elle provient
(1) Il est digue de remarque qu’à côté’ de cette extrême division des temps modernes, on voit reparaître la plus grande concentration. C’est ainsi qu’à Paris de vastes magasins de nouveautés réunissent les marchandises les plus variées appartenant à une multitude de commerces différents.
du grand nombre et de la grandeur des transactions. Il est reconnu que de petits profits sur une large et rapide circulation de marchandises conduisent plus vite à la fortune que de gros profits sur une circulation lente et médiocre. De petits profits et de promptes rentrées, telle est la maxime du commerce moderne. Une vente très-rapide a incontestablement pour effet de diminuer les prix, même avec un accroissement des frais de production. Les voitures de place de Londres et celles des provinces en offrent la preuve. Celles de Londres prennent un prix beaucoup moindre. Or, d’après la doctrine des frais de production, les taux de Londres devraient être plus élevés que ceux des villes de province; ils le sont moins, parce que la demande à Londres est plus active, et que les cochers, réalisant beaucoup plus- de profits dans le même temps, ajustent
leurs prix en conséquence.
En matière de profits on s’est souvent trompé pour avoir perdu de vue qu’ils doivent toujours être calculés à tant par an. Adam Smith se sert des expressions de taux de F intérêt et de taux des profits, sans s’apercevoir que l’un et l’autre doivent être ramenés à la même unité. Tout le chapitre de Ricardo sur les profits repose sur celte erreur évidente ; il enseigne que les profits dépendent des salaires. D’après lui. les profits baissent quand les salaires haussent, et réciproquement. M. J.-S. Mill adopte cette doctrine, avec un simple changement de mot ; il les fait dépendre du coût du travail. L’erreur de Ricardo et de ses disciples provient de ce qu’ils confondent le profit lui-même avec le taux du profit. Il se trouve que le taux du profit sur chaque transaction peut être le plus élevé, lorsque le profit est le moindre. Si l’on réalise 50 p. 0/0, c’est un profit élevé. Mais si l’on ne fait qu’une transaction dans 1 année , on ne sera pas sur le chemin de la fortune ; le taux des