‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 35 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

chacun de ceux par les mains desquels elle passe, fait tout ce qu’il peut pour augmenter la différence entre les frais de production et la valeur instantanée. Les frais de production ne sont qu’un minimum au-dessous duquel le prix ne doit pas tomber, pour que la besogne puisse se soutenir. Le fermier essaye d’élever son prix pour le meunier ; le meunier fait tous ses efforts pour acheter à bas prix du fermier et vendre aussi cher que . possible au boulanger ; le boulanger, enfin, s’applique à acheter à bas prix du meunier sa farine, et à vendre son pain chèrement à la population. La puissance de chacun est limitée et contrôlée par la nécessité qu’il a de vendre ; mais, ainsi limitées et contrôlées, les opérations de tous sont parfaitement indépendantes les unes

des autres.

Les ventes dont il a été question jusqu’à présent sont toutes des ventes volontaires, et nous avons vu comment la loi fonctionnait dans chacune d’elles. Mais il y en a d’autres, très-nombreuses, et la loi manquerait de la généralité qui est exigée d’elle, si elle ne les expliquait pas également. Il s’agit des ventes forcées lorsque, sous la pression de certaines circonstances, on est obligé de se défaire de ses propriétés. Telles sont, par exemple, les ventes après faillite. On sait qu’une vente forcée se fait presque toujours à perte, et que le vendeur obtient rarement les prix qu’il eût obtenus dans d autres circonstances. Obligé de vendre, sa puissance sur 1 acheteur est affaiblie, il doit le tenter par l’appât d’un avantage ; si l’acheteur n’a qu’un faible désir de 1 objet, le service est de peu d’intensité, et le vendeur doit faire un sacrifice. La puissance de l’acheteur sur lui croît rapidement, et le prix diminue en proportion. Parfois, du reste, un grand nombre d’individus assistent à la vente, et, en enchérissant les uns sur les autres, font monter le prix ; à

mesure qu’augmente le nombre des concurrents, le pouvoir du vendeur sur chacun d’eux reparaît, et il peut arriver, si la concurrence est vive, que l’objet soit bien

vendu.

Bentham a accrédité la doctrine que la production est limitée par le capital. Cette doctrine, fondée sur l’idée primitive du capital, n’a pour ainsi dire plus de sens à notre époque où le capital comprend le crédit et l’industrie. Dans la réalité la production est limitée par le profit. Il n’y a pas en Angleterre d’entreprise pour laquelle il ne se trouve de capital ; le capital est si abondant qu’il y a une tendance constante à trop produire, laquelle demande à être réprimée à temps. Il est hors de doute qu’il est fort avantageux pour la masse que les marchandises soient abondantes et à bon marché. Mais à cette proposition générale il y a une limite évidente. Il n’est pas dans l’intérêt permanent de la population que les marchandises tombent au-dessous des frais de production ; en pareil cas les producteurs se ruinent, et les marchandises peuvent manquer tout à fait, ou atteindre ensuite un haut prix, par suite de leur rareté. Cette baisse de prix au-dessous des frais de production est ce qu’on appelle excès de production, et elle indique que la production doit éprouver un temps d’arrêt.

Les fluctuations des prix ayant de fâcheux effets, notamment dans le commerce des denrées de première nécessité, des opinions inexactes ont prévalu à ce sujet. On a supposé qu’elles constituaient le mal, et on a essayé par des lois, chez presque tous les peuples, d’assurer la fixité des prix. Mais la fluctuation des prix n’est pas le mal, elle n’est que le signe du mal. Le mal réel est le changement dans la proportion entrel’offreet la demande. Quand l’approvisionnement est fortement diminué, et que le prix s’est notablement élevé, ce n’est pas le haut

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