I. LES DOCTIUNES
emprunt considérable, si la quantité delà monnaie éprouve une diminution sérieuse, les produits de sa terre qui le mettent à même de se procurer la somme d’argent qu’il a promis de payer, n’achèteront plus la même somme qu à l’époque du contrat, et il pourra se trouver ruiné, bien «{ue les denrées elles-mêmes soient tout aussi utiles qu’elles l’étaient, et que leurs rapports d’échange avec toute autre chose que l’argent ne se soient pas altérés. Les rentes baisseront tandis que les dettes resteront les mêmes. Si au contraire un accroissement notable a lieu dans la quantité de l’argent, les denrées de sa terre en aclietèront plus (jue précédemment, et il aura un surplus d’argent après avoir acquitté la somme qu il aura promise. Les dettes, alors, resteront les mêmes et les rentes hausseront. Les débiteurs et les créanciers, formant une grande partie de la société, avec des intérêts distincts, il s’ensuit que l’intérêt des premiers est qu’il y ait plus d argent, et celui des seconds qu’il y en ait moins ; il ne peut leur être fait justice exacte qu’au moyen d’une mesure invariable. Les contrats particuliers, du reste, ne sont généralement conclus que pour un petit nombre d’années. Mais il n’en est pas de même, dans l’Europe moderne, des dettes des États, elles sont contractées à perpétuité. Si donc la valeur en échange de la monnaie éprouve un grave changement dans un sens ou dans un autre, ce changement peut affecter profondément, soit l’État lui-même, soit le revenu des particuliers.
11 n’y a pas d’erreur, on le répète, à faire dépendre les prix du rapport entre l’offre et la demande des objets, en considérant la monnaie comme une quantité fixe. Les variations dans la valeur delà valeur de la monnaie sont, en effet, extrêmement lentes, et les variations dans celle des marchandises sont extrêmement rapides. Pour de courtes périodes, par conséquent, il n’y a pas d'inexactitude à
admettre la valeur de l'argentcomme fixe. C'est ainsi qu’en astronomie on appelle fixes des corps célestes à une distance immense de notre globe, qui nous servent à calculer les positions des corps plus rapprochés, de la lune et des planètes; tous ces corps, cependant, se meuvent avec rapidité. Mais il est intéressant de rechercher les circonstances dans lesquelles la valeur de l’argent éprouve une grande altération, et s’il est à craindre que les prodigieux envois d’or de l’Australie et de la Californie aient des résultats pareils à ceux des métaux précieux de l’Amérique après sa découverte.
M. Macleod est rassuré à cet égard, et s’appuie sur (les considérations remarquables que nous allons reproduire.
« Le principal emploi de lingot consiste à servir de monnaie, et l’usage de la monnaie est de représenter les dettes. Par conséquent si la quantité de la monnaie varie toujours dans une proportion exacte avec l’œuvre qui lui est assignée, si elle varie comme la quantité des dettes, aucun changement n’a lieu dans sa valeur, soit que sa quantité augmente ou diminue. D’un autre côté si sa quantité varie autrement que dans cette proportion, un changement a lieu nécessairement. Or, autrefois, lorsque l’industrie était relativement léthargique et que les communications étaient lentes, coûteuses, dangereuses même, il pouvait s’accumuler sur un point une grande masse d’argent, qui ne pouvait se répandre sur une grande étendue de pays, et dès lors sa valeur pouvait subir une diminution considérable. Mais, même à cette époque, il est constant qu’un très-grand développement de l’industrie fut la conséquence de l’importation des métaux précieux d’Amérique. Toutes les autorités conviennent que la baisse dans la valeur de l’or ne fut nullement en proportion avec l’accroissement de sa quantité. D’après J. B. Say la quan-