I. LES DOCTRINES
Un système de monnaie légale composé de deux métaux en quantité illimitée, avec une valeur relative déterminée, est toujours soumis à des dérangements par suite d’un excédant de l’un ou de l’autre. Le même principe s’applique à toute autre matière employée comme monnaie. Une quantité excessive en diminue nécessairement la valeur; la monnaie de papier porte la promesse de payer à vue une certaine somme d’argent. Si une banque n’émet pas plus de ses promesses de payement qu’on ne la croit capable d’en payer, ou que le commerce du pays ne le comporte, elles circulent dans toute leur valeur. Mais si l’émission est jugée imprudente, on hésitera à les recevoir à leur valeur nominale, et l’on ira immédiatement en demander le payement à la banque ; si elles dépassent les besoins du commerce, elles lui seront rendues pour être acquittées.
Supposons, du reste, que les billets d’une banque notoirement riche et solvable soient tout à coup déclarés irremboursables ; si le public consent à les recevoir toujours en payement, tandis que leur émission en est faite avec la même prudence que s’ils étaient remboursables en espèces, ils continueront de circuler au pair. En pareil cas ils sont réputés une matière distincte et indépendante, une monnaie de nouvelle espèce, tout comme l’or et l’argent, et ils obéissent aux mêmes règles ; leur valeur dépend de la quantité de leur émission. Si, lorsque l’or et i l’argent sont également monnaies légales, la quantité de j l’argent s’accroît fortement, celle de l’or restant la même,
! l’argent diminue inévitablement de valeur, et un souve-
I rain, en Angleterre, vaudra vingt-deux ou un plus grand nombre de schellings suivant les circonstances, dans l’hypothèse d’une pleine liberté légale des prix. Un commer- ; çant fera une différence dans les prix de ses marchandises
1 suivant qu’il sera payé en or et en argent. Une monnaie
7i EXPOSÉ GÉNÉRAL.
de papier irreinboursable aurait le même sort que l’argent. Quel que fût le crédit de la banque, un excès de quantité entraînerait infailliblement une diminution dans sa valeur. Elle diminuerait, tout comme l’argent, comparativement aux souverains. Il y aurait deux prix pour les marchandises, l’un dans les payements en or, l’autre dans les payements en papier; et la différence entre les deux serait la mesure de la diminution dans la valeur du papier.
Il a été dit plus haut que la valeur d’une marchandise vendue dans une transaction privée est déterminée par les circonstances respectives des deux parties. Le prix entre le vendeur et un large cercle d’acheteurs est réglé dans un marché, et plus le marché est considérable, plus on se rapproche de la valeur réelle de la marchandise. S’il y a plusieurs marchés pour elle, son prix pourra varier suivant les circonstances; mais il est clair que plus les communications sont faciles et à bon marché, plus sa valeur tendra à s’égaliser dans les différents marchés ; et en l’absence d’obstacle légal ou autre, la différence de sa valeur sur différents marchés ne pourra longtemps dépasser les frais de transport d’un marché à l’autre. Ainsi le perfectionnement des moyens de transport tend inévitablement à l’égalisation des prix par toute l’étendue du pays. Avant l’établissement des routes, une province pouvait mourir de faim faute de vivres, tandis que, dans une autre province du même pays, peu éloignée, les vivres