‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 46 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

On a déjà signalé l’échelle des frais de production des denrées agricoles sur différents points. Les profits, ou la différence entre les frais et le prix réalisé sur le marché, doivent en conséquence éprouver une variation graduelle jusqu’à ce qu’ils se réduisent à rien. La rente servie par le fermier, étant acquittée sur ces profits, il doit en résulter une échelle de rentes descendante, jusqu’à ce que le chiffre de la rente arrive à zéro ou qu'il ne puisse plus être payé de rente. Or, si un pays est bien peuplé et si les marchés y abondent, il se peut que tout le sol y soit avantageusement affermé. Mais si nous le supposons d’une grande étendue et seulement occupé en partie, il est évident qu’en suivant l’échelle descendante nous arrivons à une terre où les circonstances seront si défavorables, c’est-à-dire les frais de production si élevés, qu’on aura peine à en retirer un profit, et que toute culture y cessera, hors celle que pourront exiger les besoins de la famille du fermier. Cette situation dépend des circonstances qui font cesser le profit. Dans le cas d’une hausse des prix ou d’une diminution des frais, la terre, dans les conditions les plus défavorables, pourra être mise en culture ; si le prix baisse ou si les frais augmentent, une certaine portion de la terre en culture sera abandonnée.

Ce qui résulte de ces faits, c’est que le prix moyen du blé règle les circonstances les plus défavorables dans lesquelles le blé peut être produit ; en d’autres termes, il en règle les frais de production les plus élevés, et par suite il règle aussi les circonstances les plus défavorables dans lesquelles la rente peut être acquittée, et le montant de la rente dans tous les cas.

« Voici, fait observer ici M. Macleod, toute la théorie, claire et simple, de la rente. Mais nous devons mentionner celle qu’a 'soutenue Ricardo, à cause de l’importance excessive qui lui a été attribuée. On l’a appelée le

Pont des ânes et la clef de voûte de l’économie politique ; de quel droit, nous allons le voir. Ricardo commence par définir la rente cette portion des produits de la terre qui est payée au propriétaire pour l’usage des vertus primitives et indestructibles de la terre. Pour les Romains, c’était un mauvais augure que de broncher sur le seuil. Quiconque possède la moindre connaissance de l’agriculture reconnaîtra tout de suite que la définition de Ricardo est absurde. La terre n’a pas de vertus primitives et indestructibles comme il l’entend, sa seule vertu est l’étendue. 11 n’y a guère de sol propre pour la culture sans un emploi considérable de travail ou de capital, et les vertus de la terre sont si loin d’être indestructibles,, que, sauf quelques régions favorisées, elle s’épuise promptement, et réclame l’action constamment réitérée du travail et du capital pour pouvoir être cultivée. »

M. Macleod, citant ensuite plusieurs textes où Ricardo veut établir une distinction entre la rente de la terre et le profit du capital qui y est employé, démontre péremptoirement que cette distinction est impossible et n’est rien de plus qu’un jeu de mots; et il poursuit en ces termes: « Ayant ainsi proposé une définition incorrecte, Ricardo explique comment naît la rente. 11 expose que, lors de la première occupation d’un pays qui possède en abondance des terres riches et fertiles, dont une faible proportion seulement a besoin d’être mise en culture pour nourrir la population existante, ou peut être mise en culture avec le capital dont la population dispose, la rente n’existe pas. Car personne ne voudrait acheter l’usage du sol, lorsqu’il y *a un si grand nombre de terrains non appropriés et placés, par conséquent, à la disposition de quiconque désire les cultiver, pas plus qu’il ne payerait une rente pour l’usage de l’air, de l’eau et de tout autre don dispensé par la nature en quantité illimitée.

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