‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 48 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

un capital considérable en terre, on n’est pas dans la même position que quand on l’a en argent, par la raison qu’on ne peut tout seul faire valoir une grande étendue de terre. 11 est très-rare de voir un fermier exploiter plus de 400,000 hectares de terre, tandis que bien des négociants trafiquent avec une douzaine de millions de francs. Or, si un propriétaire n’exploite pas lui-même sa terre, ou ne trouve pas quelqu’un pour le faire à sa place, elle n a pour lui aucune valeur ; mais si le négociant ne peut trafiquer avantageusement avec ses douze millions, ils lui seront toujours utiles; il pourra toujours les prêtei de manière à en retirer un intérêt. 11 est donc indispensable pour le propriétaire d’un vaste domaine d’en affermer une pai tie. Cette nécessité augmente l’influence de l’emprunteur du capital sur le prêteur, le service rendu au propriétaire par le fermier est plus grand que le service rendu au fermier par le propriétaire. Le fermier, dans ce cas, comme dans tous les autres emprunts, doit être considéré comme l’acheteur ; mais quand le capital à emprunter est de la terre, le pouvoir de l’acheteur sur le vendeur est beaucoup plus grand que lorsqu il s agit d ar gent. On doit donc supposer que le prix sera faible, et il l’est en effet. La rente de la terre est de beaucoup inférieure à l’intérêt perçu dans l’opération commerciale la plus sûre. D’autres causes, sans doute, concourent à ce résultat ; mais celle que nous signalons ici y a sa part. La rente excède rarement 2 et demi à 3 p. 0/0 de la valeur de la terre, et souvent elle est moindre encore.

Voici maintenant comment naît la rente. Supposons les produits de la ferme portés au marché et réalisés en argent, il est clair que les premières charges à déduire sont les impôts, les besoins du fermier lui-même, l'entretien des ouvriers et des animaux, et les frais du transport au marché. Déduction de ces charges étant faite sur le prix,

le reste est le fonds qui doit faire face à la rente du propriétaire et aux profits du fermier. La proportion dans laquelle ce fonds est réparti finalement est réglée par la loi des prix. Le fermier a une position plus forte que le propriétaire. Les profits du fermier se trouvant en collision avec la rente du second, c’est la rente qui doit fléchir. La force de la position du fermier doit donc prévaloir à la longue, et c’est de cette manière que le prix du blé détermine la rente.

Il est bien entendu, toutefois, que si des concurrents se présentent pour acheter le service, le pouvoir du vendeur s accroîtra sur chacun d eux, et que le prix du service haussera. S il y a beaucoup de concurrents pour la ferme, la rente sera plus forte que s’ils étaient en petit nombre.

La loi des prix explique parfaitement un fait bien counu de quiconque possède des notions pratiques sur la matière. C est que, pour un propriétaire, il est beaucoup plus avantageux d avoir son domaine partagé en fermes de dimensions modérées qu’en fermes considérables. Il y a en effet plus d individus pourvus d’un capital modéré que d un grand, et, par conséquent, il y a plus de concurrents pour une ferme modeste que pour une grande. Le propriétaire, étant le vendeur du service, a d’autant plus de pouvoir sur les concurrents qu’ils sont plus nombreux, et il peut demander un plus haut prix. La même observation est applicable aux maisons; les maisons d’une dimension modérée se louent beaucoup mieux que les grandes.

Les développements qui précèdent au sujet delà rente dispensent M. Macleod de s’arrêter sur le prix de louage. Il se borne à faire remarquer que la somme payée pour l’usage d’un capital flottant ou circulant doit se composer de deux éléments, les profits ordinaires du capital et une indemnité pour la détérioration de l’objet prêté. Puis il arrive aux services personnels de toute espèce, vaste ma-

Page 1