I. LES DOCTRINES
tière qui offre les exemples les plus remarquables de la loi générale des prix.
Cette loi explique pourquoi les salaires d’un ouvrier habile sont plus élevés que ceux d’un ouvrier ordinaire. Un travail de meilleure qualité est un service de plus d’inten-
sité, et, les ouvriers habiles étant comparativement en petit nombre, l’entrepreneur est plus restreint dans son choix; dès lors sou pouvoir sur eux diminue, et il doit, jusqu’à un certain point, céder à leurs prétentions. Mais s’il dépasse un certain point, il saitquela valeur de l’objet à produire ne suffira pas pour faire face à ses frais de production et aux profits nécessaires ; de sorte que, au lieu y
de dépasser ce point, il renoncera à produire. D’un autre *
côté, il faut que l’habile ouvrier vive, et il n’ignore pas que ç
l’entrepreneur ne peut pas lui donner plus d’un certain prix, il est donc obligé de céder pour ne pas mourir de faim. Telles sont les circonstances qui déterminent le taux ^
des salaires. Mais si le nombre des ouvriers habiles augmente, l’entrepreneur a sur eux plus de pouvoir, et leurs
salaires diminuent. î:
Il a été longtemps soutenu, même par de respectables écrivains, que les salaires du travail étaient en proportion ,1
avec le prix des aliments; mais jamais opinion ne fut plus r
erronée. Si les salaires du travail dépendaient du prix des t;
aliments, il s’ensuivrait que les salaires hausseraient ou baisseraient simultanément dans toutes les industries. Mais 'I
il est notoire que les choses ne se passent pas ainsi. Souvent li
lorsqu’une industrie est prospère, une autre est aux abois. ;
Les villes, on en a fait souvent la remarque, qui possè- !f
dent une grande variété d’industries, sont plus uniformément florissantes, par la raison que, selon toute probabilité, lorsque l’une des industries souffre, les autres .
sont en bon état, et l’ensemble est rarement atteint. Les villes, au contraire, où il ne s’exerce qu’une industrie, |
ÜO EXPOSÉ GÉNÉRAL.
sont exposées à des alternatives de grande prospérité et de grande détresse. Les salaires, dans chaque industrie, sont déterminés par les circonstances qui lui sont propres, bien que souvent il arrive que des circonstances particulières affectent simultanément plusieurs industries différenles.
Il est si faux qu’une hausse dans le prix des aliments provoque une hausse dans le taux des salaires, que l’effet produit est généralement le contraire. Une hausse dans le prix des aliments diminue le taux des salaires. Lorsque le pays est obligé de payer davantage pour sa nourriture, c’est-à-dire pour les articles de première nécessité, il lui reste moins à dépenser pour le vêtement et pour les autres marchandises. Ces marchandises, étant moins recherchées, perdent de leur valeur, et par suite, le manufacturier, qui ne peut en obtenir le même prix, réduit ses frais de production ou cesse de produire. Il faut alors ou qu’il abaisse les salaires, ou qu’il ferme ses ateliers. Ainsi le résultat nécessaire d’une hausse considérable dans le prix des aliments est une baisse des salaires. C’est, on le sait, ce qui se passe dans les districts manufacturiers. Les salaires, en pareil cas, dépendent entièrement des nécessités respectives des ouvriers et des entrepreneurs, ainsi que du pouvoir qu’ils ont les uns sur les autres. Les ouvriers, sans doute, résisteront à la baisse de leurs salaires tant qu’ils le pourront ; mais si le maître ne peut abaisser les salaires à un certain taux, il ne rentrera pas dans ses déboursés, de sorte que, si les ouvriers refusent de travailler à des salaires réduits, il devra fermer sa fabrique. Mais si les ouvriers ne peuvent trouver d’emploi, ils mourront de faim; il faut donc àla fin qu’ils consentent aux propositions du maître. D’un autre côté, lorsque ses produits trouvent un bon débit, celui-ci est préoccupé de faire face à la demande et de réaliser des profits. Les ouviiers