I. LES DOCTRINES
sa part à un certain chiffre fixé d’avance, quelle que soit la grandeur des profits ; il cherche à se soustraire aux peides éventuelles, et la somme qu’il reçoit comme rémunération pour l’usage de son capital s’appelle intérêt. i
Le prix à payer pour le service rendu par le capitaliste 1
semble comporter un simple arrangement entre les parties tout comme le prix de tout autre service ; et le sens commun ne conçoit rien de criminel dans un partage quelconque des profits qu’elles peuvent régler entre elles.
Le service rendu par un prêt d’argent peut varier en intensité, comme tout autre service. Personne ne trouve mauvais qu’il retire, s’il le peut, 100 p. 0/0 de son capital; ceux qui ont ce bonheur même sont souvent considérés comme des bienfaiteurs du genre humain. Mais si quelqu’un emprunte à un autre du capital, et lui donne pour le service rendu un prix ou une part des profits proportionnelle au capital prêté, il semble à certaines gens que la nature de la transaction s’est altérée. Tandis que 30 p. O'O est pour un commerçant un profit ordinaire de
son capital, ces gens-là trouvent qu’il y a quelque chose d’essentiellement criminel à ce que le prêteur du capital, au moyen duquel un tel profit a été réalisé, prenne poui l’usage de ce capital plus de 5 p. 0/0. Il n’y a certainement aucun motif pour que le contrat qui vient d’être défini ne soit pas abandonné aux arrangements des parties, comme tout autre contrat. Et pourtant, il n’est pas de question dans laquelle les hommes aient aussi entièrement perdu la raison que dans celle de l’intérêt. Le Dante punit les usuriers plus sévèrement que ceux qui ont nié l’existence de la Divinité, et Ton ne peut décider quelle est la bévue la plus énorme, celle du Dante ou celle d’Aristote sur le même sujet. Il y a quelque chose d’humiliant à se rappelei qu’en .Angleterre, il y a vingt-trois ans, c était un crime passible des peines de la loi, que de prendre plus de 3 p. 0/0
pour l’usage de l’argent, dans quelque cas que ce fût, et que la législation sur l’intérêt, partiellement adoucie alors, n’a été abolie qu’en 1854.
Le taux de l’intérêt étant supposé libre et illimité , comme en Angleterre, voici comment il est réglé. L’intérêt étant toujours une portion des profils réalisés, le premier élément qui le détermine est le taux espéré du profil. Le second est la proportion entre le capital et l’industrie. Si le capital est très-rare, et si les emprunteurs sont nombreux, une plus grande part des profits reviendra naturellement aux capitalistes. Mais si le capital abonde, et si les emprunteurs sont en petit nombre, les capitalistes devront se contenter d’une moindre part, et le taux de l’intérêt baissera. Ainsi l’intérêt obéit à la règle établie pour les prix ; les profits qu’on espère réaliser au moyen du capital sont l’intensité du service rendu ; et le nombre des emprunteurs, comparé à la quantité du capital à prêter, représente le pouvoir de l’acheteur sur le vendeur. L’intérêt varie donc en raison directe des profits, et en raison inverse de la proportion entre l’offre et la demande.
11 résulte de ce qui précède que l’intérêt de l’argent offre une exacte analogie avec la rente servie par un fermier à un propriétaire. L’intérêt et la rente sont également acquittés sur les profits réalisés, et ils constituent la rétribution que paye l’emprunteur pour l’usage du capital. Ils sont généralement en proportion avec les profits ; mais la proposition est modifiée dans chaque cas par des circonstances particulières.
Tels sont les principes généraux qui régissent l’intérêt dans les circonstances ordinaires. Mais, aux époques de crise commerciale, il est payé pour l’usage de l’argent des sommes bien supérieures aux taux habituels, qu’on appelle aussi intérêts. Ce sont des cas exceptionnels, et