‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 56 sur 187 · LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

LES DOCTRINES

le payement a lieu, non sur les profits légitimes du commerce, pour quelque grande nécessité, par exemple pour échapper à la ruine. L’expression d’intérêt ne convient pas aux sommes payées dans ces cas extraordinaires.

Voici un exemple qui répandra du jour sur la question de l’intérêt. Quiconque est initié à l’agriculture sai combien le drainage est une opération avantageuse. Dans maints districts, il rend 30 p. 0/0, c’est-a-dire qu il lembourse en un peu plus de trois ans toute la somme qu il a employée. Supposons un fermier ayant une ferme qui comporte des ainélioratious, mais- manquant de capita pour les opérer; il va trouver un capitaliste, et lui di qu’en dépensant 25,000 francs sur sa ferme, il en augmentera le produit de 7,500 francs par an. Si le capitaliste et le fermier se mettent d’accord, et conviennent que l’excédant du produit résultant de la dépense sera partagé entre eux dans une certaine proportion ; pourquoi °un tiers interviendrait-il, pourquoi une loi pour décider quelle sera cette proportion? Pourquoi ne seraient-ils pas abandonnés à eux-mêmes pour régler e prix du service, tout comme un tailleur et son client s arrangent entre eux pour le prix d’un vêtement?

Si cette transaction était exposée à un homme de bon sens et qu’on lui demandât dans quelle proportion 1 excédant de produit devrait être réparti entre le capitaliste et le fermier, il répondrait sans doute : il serait bien de le partager en deux parties égales. L’affaire étant reg ee de la sorte, tout le monde applaudirait cà un marche si équitable. Mais si, au lieu d’un parlageégal du produit en nature, le produit ayant été vendu et réalisé en argent, le capitaliste recevait 15 p. 0/0 pour ses avances, aoi», d’après un ancien préjugé qui s’est perpétué jusqu a ces derniers temps, la nature de la transaction serait altérée, et le capitaliste serait flétri par les épithètes les plus ou-

trageantes, et passible d’une peine rigoureuse. Un tel malentendu provient d’une méprise sur les notions élémentaires de l’intérêt.

A ce sujet, M. Macleod, dans un rapide historique, s’étonne que, depuis 1691, époque où Locke expliqua les vrais principes à cet égard, confirmés par l’argumentation sans réplique de Bentham contre les lois limitatives de l’intérêt, jusqu’à l’année 1854, où ces lois ont disparu des codes anglais, il ne se soit pas écoulé moins de cent soixante et un ans. «S’il fallut ce temps, dit-il, pour abolir une législation tout aussi absurde que celle sur la sorcellerie, nous pouvons bien croire, avec sir John llerschell, que vingt ans seront nécessaires pour introduire en Angleterre le système monétaire décimal, qui pourrait causer quelque désagrément à un petit nombre d’individus, une semaine ou deux, mais épargnerait un temps considérable à tous les intérêts commerciaux. »

Dans l’exemple donné tout à l’heure d’une terre améliorée, la première dépense de 25,000 francs, on l’a vu, ne rendrait pas moins de 30 p. 0/0, et en conséquence le profit de 15 p. 0/0 pour le capitaliste n’avait rien que d’équitable. Il ne s’ensuit nullement que l’emploi d’une pareille somme donne le même profit, et en fait, cela n’aurait certainement pas lieu ; par conséquent, le prêteur du second capital de 25,000 francs ne recevrait pas un intérêt aussi considérable que pour le premier, si la loi du partage égal était maintenue. Dans le cas où se répéterait successivement la même dépense, les profits iraient en diminuant, jusqu’à ne plus suffire pour produire une addition appréciable au capital. Dans tous ces cas, du reste, le taux de l’intérêt serait modifié par la quantité du capital qu’on pourrait se procurer, comparée à la quantité du capital qu’on aurait besoin d’emprunter. Ces faits expliquent comment le taux de l’intérêt est habi-

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