I. LES DOCTRINES
tuellement beaucoup plus élevé dans un pays nouveau que dans un pays ancien ; d’abord parce que l emploi d une même somme produit généralement un profit plus considérable dans la colonie nouvelle que dans le pays anciennement cultivé ; puis, parce que la quantité du capital est nécessairement exiguë, la société n’ayant pas encore eu le temps de rendre ces services, qui sont les seuls moyens d’accumuler le capital. C’est, d’ordinaire, un mal intérieur qui fait sortir un essaim de colons d un pays ancien. On ne quitte pas le séjour de ses ancêtres, si 1 on ne s’y sent à l’étroit, et hors d’état de tirer parti de son travail. Une nouvelle colonie abondera, par conséquent, en industrie et en énergie, mais manquera de capital. Le capital sera donc fortement demandé, et nécessairement, sa valeur haussera. Dans les pays d ancienne culture , l’intérêt ne peut manquer d’être bas, par la raison qu il s’y trouve habituellement une masse de capitaux, finit de siècles d’industrie et d’épargne, transmis de génération en génération ; et que, peu d individus se résignant à la dimhiution de leur existence, la demande des placements est considérable, et la concurrence des capitalistes détermine un intérêt réduit. Cet état de choses est parfaitement conforme à la formule de la théorie des prix.
Bien que la rente et l’intérêt soient analogues dans leur nature, comme étant également la rémunération de l’usage temporaire d’un capital, ils se comportent différemment dans le progrès delà société, par une raison facile à comprendre. A l’origine des sociétés, la terre abonde, ainsi que les aliments; par conséquent, si tout le monde peut acheter de la terre, il ne l’affermera pas, ou s il 1 afferme, il n’eu tirera qu’une faible rente, parce que le prix des aliments, d’où dérive la rente, est très-bas. D un autre côté, le capital argent est très-rare, et il est fort demandé, de même que le travail ; donc les salaires et 1 intérêt seront
lOG EXPOSÉ GÉNÉRAL.
très-élevés. Mais, à mesure que la population et la richesse augmentent, la terre devient plus rare et la demande d’aliments s’accroît, ce qui en élève le prix. Alors, il y a moinsde terre à vendre, leprix en est plus élevé; bien des individus, par conséquent, qui aiment la vie des champs, mais qui ne sont pas en mesure d’acquérir de la terre, sont obligés d’en prendre à bail, et de servir pour son usage une rente, et avec le prix des aliments, la rente s’accroît. Quant au capital, il augmente par les accumulations successives des générations; le nombre des individus qui ont des capitaux à prêter s’accroît; ce qui, naturellement, atténue l’intérêt, d’autant plus que les profits, sur lesquels l’intérêt se paye, diminuent naturellement aussi, par suite de la concurrence. Ainsi ces deux espèces de capital, la terre et l’argent, suivent une marche inverse dans le progrès de la société. La demande pour la terre s’accroît plus rapidement que l’offre, l’offre de l’argent s’accroît plus promptement que la demande.
Telles sont les causes qui régissent d’une manière permanente le taux de l’intérêt sur le marché dans les différents pays; si, dans chaque pays, les taux diffèrent poulies différentes espèces de valeurs, et s’ils varient de temps eu temps, suivant les circonstances, tous, du moins, sont soumis à une loi générale.
La question de l’intérêt a été jusqu’ici envisagée, abstraction faite de toute idée du risque de l’affaire, et dans l’hypothèse d’un placement parfaitement sûr, et c’est seulement la somme payée et reçue pour l’usage de l’argent, sans inquiétude sur la sûreté du placement, qui rigoureusement devrait être appelée intérêt. Mais la plupart des placements offrent plus ou moins de risques, et la somme touchée, sous la dénomination d’intérêt, renferme deux éléments ; l’un est le prix de louage de l’argent, l’autre est une sorte de prime d’assurance contre le