‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 58 sur 187 · I I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I I. LES DOCTRINES

risque, et plus le risque est grand, plus la prime est élevée. L’intérêt ressemble en cela à la rente ou au prix delouage,

' qui comme on l’a vu , se compose de deux éléments, d une

part les profits du capital, de l’autre l’indemnité de la détérioration ou de l’usure de l’objet prêté. Or, dans le commerce, de mauvaises dettes et des pertes peuvent etre considérées comme la détérioration ou l’usure du capital.

. La somme payée pour l’usage de l’argent dans un emploi

spécial doit de même comprendre un élément pour les

profils simples, et un autre pour faire face aux pertes et

aux risques ordinaires du placement. Si une industrie est plus exposée qu’une autre à des hasards, il est clair que nul capitaliste ne l’aidera s’il ne peut compter sur l’un et l’autre élément. Le taux de l’intérêt haussera donc en proportion du risque, et il y aura toujours dans le même pays et au même moment sur le marché, un différent taux d’intérêt pour les placements d’un différent degré de sécurité, comme il y a un différent prix de louage pour les objets plus ou moins faciles à détériorer. Mais ces dinérents taux hausseront et baisseront toujours ensemble.

On peut présenter l’intérêt sous un autre point de vue.

! Le prêt de l’argent à intérêt peut être considéré comme

l’achat d’une annuité, pour une période de plus ou moins de durée, suivant les conventions des parties. Dans cet achat, leprix doit être envisagé exactement comme le prix de n’importe quel article. Or, évidemment, la valeur de l’annuité doit, jusqu’à un certain point, dépendre de la certitude du payement, et si l’une des annuités est plus sûre que l’autre, la première est un service d une plus

grande intensité, et doit être payée en conséquence. On

peut dire que l’emprunteur vend une annuité au prêteui , et ([ue, plus il offrira de garantie, plus il en obtiendra un prix élevé ; de sorte que l’intérêt payé par lui sera proportionné au risque. L’argent peut être prêté à des com-

merçants, à des propriétaires, ou au gouvernement. Les commerçants sont toujours exposés à des désastres imprévus, par suite non-seulement de leurs propres spéculations, qui peuvent échouer, mais par la faute et les revers des autres avec lesquels ils ont des relations; il y a donc toujours quelque risque à leur prêter de l’argent. Le propriétaire d’une terre n’est pas exposé comme un commerçant; il a peu d’engagements d’affaires; ses revenus sont fondés sur la terre elle-même, qui , tant qu’elle est judicieusement exploitée, produit sûrement une récolte, à moins d’une calamité temporaire. Le payement d’une annuité fondée sur la récolte de la terre a donc une meilleure garantie que celle des éventualités du commerce; et un propriétaire pourra emprunter à meilleur marché qu’un commerçant. Le gouvernement anglais est réputé plus sûr que la terre ou le commerce; par conséquent, en vertu de la même règle, une annuité achetée de ce gouvernement coûtera plus que celle qui sera achetée au propriétaire ou au commerçant.

Telles sont les circonstances qui déterminent sur les marchés les taux de l’intérêt sur différentes valeurs dans un pays au même moment. A un moment donné, la différence entre ces taux résulte uniquement de la différence dans l’opinion de la sûreté de la valeur. Pour les valeurs offertes par les gouvernements sous le titre de fonds publics, le prix d’une annuité de 75 francs par an offerte par le gouvernement anglais est rarement de moins de 2,500 francs, tandis que personne ne donnerait plus du tiers de cette somme à certains gouvernements du continent européen qui n’inspireut pas la même confiance. A des époques différentes, les choses se passent autrement. La valeur de l’argent changeant d’une époque à l’autre, comme celle de toute autre marchandise, et, le prix de son usage changeant en conséquence, l’intérêt perçu sur la plus sûre espèce de place-

Page 1