I. LES DOCTRINES
le payement des marchandises qu’il lui a vendues, le négociant en gros sera obligé de les réaliser promptement ; et si le marché est déjà encombré, il s’ensuivra une plus forte baisse. Si, d’un autre côté, le marché était mal approvisionné et les prix élevés, le manufacturier pourrait n’être pas en mesure de produire assez promptement pour saisir le moment favorable. Mais, grâce à un crédit dont la durée est bien définie, le possesseur de la marchandise a plus de liberté dans ses opérations; il peut épier l’occasion favorable de vendre sans encombrer le marché. L’approvisionnement est rendu plus abondant par l’action du crédit; à son défaut, ceux-là seulement qui sont pourvus de capital placeraient de l’argent dans des achats dont les rentrées n’auraient lieu qu’après un certain délai. Par le crédit, des individus peu aisés sont en mesure de s’engager dans les affaires et d’acquérir des capitaux par leur probité et leur économie.
Le mode de crédit qui a été jusqu’ici envisagé consistait à opérer le transfert de marchandises déjà existantes. Mais le crédit est doué d’une autre vertu, celle de créer des marchandises. A défaut de capital réel, il peut être employé, durant une courte période, tout aussi efficacement pour fournir la force motrice nécessaire à l’existence d’une entreprise.
On peut citer à cet égard l’exemple de la construction d’un marché à opérer par une municipalité, qui manque de numéraire pour l’achat des matériaux et pour la rétribution des ouvriers. 11 est certain que, l’édifice une fois construit, ses boutiques seront immédiatement occupées par les marchands, et que ses revenus payeront la dette encourue pour le bâtir. xMais les ouvriers ne peuvent attendre leurs salaires; il faut trouver des fonds. Le conseil a l’alternative ou de faire un emprunt de capital, ou, s’il a du crédit, d’émettre des obligations portant intérêt,
payables à certaines échéances. Si ces obligations sont en
petites coupures, que reçoivent volontiers les marchands de
la ville, elles pourront servir à payer les ouvriers, et elles
feront l’office de monnaie, elles équivaudrontà de l’argent,
elles seront tout aussi efficaces que le capital réel ; et l’on
assure que nombre de marchés ont été construits par ce moven.
C est bien là le cas de création ou de production par le crédit, et non pas simplement de transfert d’un produit déjà existant. Le résultat pour la municipalité sera exactement le même, soit qu’elle emprunte de l’argent, soit qu’elle émette des obligations. Dans l’un et l’autre’cas , elle sera responsable sur tout son avoir, soit envers les prêteurs, soit envers les porteurs des obligations. Si l’opération est heureuse, ses premiers profits seront employés a payer les uns ou les autres. Si elle échoue, la municipalité aura à indemniser les uns ou les autres également. Mais la question est importante pour la ville; s’il avait été emprunté de l’argent pour l’entreprise, le fonds qui onne la force motrice aux industries aurait diminué, et le {M-ix en aurait haussé. La seconde méthode ajoute au
capital, et par conséquent elle est plus avantageuse à la population en général.
Cette seconde méthode d’emploi du crédit, qui n’a pas pour base un capital réel, est un exemple de ce qu’on a 1 habitude d’appeler, mais bien à tort, un capital Si les obligations émises par la municipalité n’étaient pas rachetables et ne représentaient rien, le mot /icùï serait exact. Mais ce n est nullement le cas. Dans les deux cas il s agit de la valeur présente d’un payement différé. Dans le premier cas, l’engagement contracté par la municipalité envers les prêteurs n’est pas limité au capital qu’ils ont avancé, mais il porte sur tout ce qu’elle possède ; dans le second cas, il en est de même pour les obligations émises ;