I. LES DOCTRINES
sente, mais de l’intelligence et de la solvabilité de ses participants. Tout le système de crédit de l’Écosse, qui a si fortement contribué à la prospérité de ce pays, est un système de papier de complaisance ; ce qui prouve suffisamment à tout esprit impartial que ce système n’est pas nécessairement dangereux, mais que, s’il est judicieusement appliqué, il peut offrir de grands avantages.
L’objection fondée contre ce papier est d’une nature différente. Lorsque le crédit fonctionne avec régularité, c’est la méthode la plus ingénieuse pour encourager le commerce. Mais tout le monde sait que les meilleures choses deviennent les pires en se corrompant. Une expérience universelle prouve que rien n’est si dangereux que d’avoir des facilités extraordinaires de crédit. Si le capital s’obtient à des conditions trop douces, la fatale propensité à s’embarquer dans toute sorte de spéculations folles est encouragée. On se fait, comme il a été dit, une idée exagérée de la sécurité des billets réels. Mais du moins ils offrent cette garantie, que, prenant leur origine dans des transferts réels de propriété, ils sont, dans le cours naturel des choses, en nombre limité. Quelque mauvais qu’ils soient, ils ne peuvent être indéfiniment multipliés; il y a une limite aux calamités qu’ils causent. Mais, pour les- billets de complaisance, il n’en existe pas. Un mendiant peut écrire sur des morceaux de papier des millions de promesses de payement tout aussi facilement
qu’un Rothschild. Or, un capitaliste sera prudent en affaires; il a quelque chose à perdre; à celui qui n’a rien il importe peu de perdre mille francs ou un milliard. Ces sortes de papier jouent un rôle d’une importance considérable dans le commerce, et leurs abus ont
amené quelques-uns des plus terribles désastres commerciaux.
Après avoir ainsi élucidé la matière jusqu’ici obscure
du crédit conniercial, M. Macleod la terrainepar un re-
« Nous avons montré qu’en ce qui touche la production, ce qui comprend la création et le transfert des produits, le crédit remplit exactement la même fonction que 1 argent. Toutes les transactions commerciales à crédit sont des ventes. La propriété absolue d’un article passe
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payé en argent. La seule différence pour l’acheteur, c'est
que ses profits sont moindres, parce que le prix du crédit est plus élevé que le prix de l’argent. Tant qne tout va bien et que les opérations sont avantageuses, les billets créés par le commerce, équivalent à la même quantité d argent. La différence se produit quand les ventes ont heu sans profit et que des pertes s’ensuivent. Si le né»o-' ciant en gros achète comptant au manufacturier et que sa spéculation échoue, toute la perte porte sur le né 'ociant en gros ; le manufacturier ne perd rien, il a touché son argent. Mais si ce dernier a vendu à crédit au né<vociant en gros, son droit sur les marchandises n’exFste plus ; s. le billet n est pas acquitté, il ne peut les réclamer meme SI elles sont encore entre les mains de l’acheteuril ne le peut pas plus que tout autre créancier. Par consé' quent, si le négociant manque de fonds pour payer ses dettes, la perte porte sur le manufacturier. Toute la différence entre les ventes à crédit elles ventes au comptant, c est que les pertes éveuluelles sont autrement réparties. Nul doute que pour le manufacturier un billet à or re n est pas aussi facile à négocier qu’un billet de banque on de 1 argent ; mais ce billet est de même nature et doit etre placé dans la même catégorie. L’argent n’est autre chose qu un billet sur la société entière.
« Il a été établi an commencement du présent ouvrage que le capital, dans son sens le plus général, est, non un
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objet particulier, mais une méthode particulière d’employer une qualité à la reproduction, que ce soit de la monnaie ou autre chose. Dans son sens primitif et étroit, le capital est pour le négociant la puissance d'acheter,
' ou la force motrice à sa disposition pour opérer une circulation de marchandises dont il recueille des profits ; c est ! le moyen par lequel les marchandises passent des mains •du manufacturier dans les siennes. L’argent qu il possède est le résultat des services qu’il a précédemment rendus à la société. Le crédit est également le moyen qu’il a de faire passer les marchandises des mains du manufactu- I rier dans les siennes, et il est le gage de son aptitude à rendre ultérieurement des services à la société en comprenant ses besoins et en y pourvoyant. L’effet sur les marchés et sur les prix est exactement le même, soit que la circulation des marchandises s’effectue au moyen du crédit ou du capital réel ; et il en est de même des profits et des pertes de la société. Concluons donc que le crédit commercial est du capital commercial.
« On a fait souvent la remarque que toutes les grandes inventions ont une tendance à l’égalité. L’invention de la poudre à canon a égalisé la situation du pauvre fantassin et celle de l’orgueilleux chevalier. Celle de l’imprimerie a ouvert les voies de la science aux pauvres comme aux riches. Celles de la vapeur et des chemins de fer ont égalisé les moyens de transport pour les petits et pour les grands. C’est ainsi que l’invention du crédit a détruit la suprématie du capital argent, et a fourni à l’homme le plus humble les moyens de mettre le pied sur le premier degré de l’échelle qui mène à l’opulence. C’est une remarque banale, que rien n’est difficile comme le premier pas vers la fortune, que bien des gens arriveraient s ils avaient un point de départ. Eh bien ! le crédit offre les moyens de faire ce premier pas. Le crédit est une force
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puissante ; nul doute que, comme d’autres grandes machines, il est susceptible d’abus. Mais il doit prendre rang à côté de la poudre à canon, de l’imprimerie et de la vapeur, parmi les merveilles du génie de l’homme. Il a été la cause principale de la grandeur à laquelle est parvenu le commerce moderne. »
B. La théorie des bakques.
En abordant la théorie des banques, M. Macleod commence par un historique de ces institutions. 11 combat une fausse étymologie du mot de banque, qui le fait dériver de l’italien banco ^ ou banc sur lequel ceux qui faisaient le commerce de l’argent auraient rangé leurs es pèces métalliques. Leur mot anglais bank lui paraît la traduction du mot italien monte, qui signifie un fonds commun formé par les contributions de plusieurs personnes.
11 trace ensuite les caractères des premières banques. Celle de Venise avait pour mission de mettre fin aux difficultés résultant des monnaies de toute espèce qui abondaient dans ce grand centre commercial, mais qui étaient souvent usées, coupées, dépréciées. Elle était une banque de dépôt, recevant toutes les pièces et, après les avoir pesées, donnant des billets qui promettaient de payer au porteur une quantité d'argent équivalent à la somme déposée, mais d’un argent pur, qui constituait un type uniforme pour les payements. La banque, du reste, gardait toutes les pièces dans ses caves. Elle n’en faisait aucun usage; et ses billets en circulation étaient l’exact équiva-