‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 75 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

un crédit de 10 mille liv. st. au plus; s’il y consent, la somme est portée comme dépôt dans ses comptes. On peut supposer qu’une compagnie de chemin de fer demande à une banque un crédit de 100 mille livres ; dans le cas où le crédit est ouvert, cette somme enflera les chiffres des comptes publiés, ce qui pourra induire en erreur le public ignorant du mode de tenue des comptes.

Ce qui précède fait ressortir le malentendu qui peut être causé par une expression fréquemment employée à l’égard des banquiers, savoir, qu’ils seraient purement des intermédiaires entre les prêteurs et les emprunteurs. Cela n’est pas vrai dans le sens ordinaire des mots de prêt et d’emprunt, où le prêteur se prive de l’usage du capital qu’il prête. Dans les affaires ordinaires de banque, les deux parties ont l’usage entier du capital. Le client prête son argent au banquier, et pourtant il en a le libre usage ; le banquier emploie son argent à encourager le commerce ; sur la garantie du dépôt qu’il a reçu, il achète des dettes avec ses promesses de payement, et celui qui vend la dette a le libre usage des espèces que ce prêteur a également le droit de réclamer.

On pense communément que faire la banque consiste à prêter de l’argent sur la garantie de billets à ordre. C’est là une erreur profonde. Faire la banque, c’est acheter des dettes avec des promesses de payement et créer des obligations. Éventuellement, un banquier peut être appelé à les payer; nul doute, en théorie, qu’il peut l’être à payer toutes ses obligations à la fois, de même qu’il est possible théoriquement que toutes les vies assurées par une compagnie d’assurance cessent au même moment, ou que toutes les propriétés assurées contre l’incendie brûlent au même jour ; mais personne ne croit que de telles éventualités se réalisent. Il en est des banques comme des aussurances ; la somme d’argent gardée par le banquier est celle

que, d’après son expérience, il juge suffisante pour faire face aux demandes qui paraissent devoir lui être faites.

\oici ce qui achève de prouver l’erreur de la notion commune que 1 escompte des billets est un emprunt d’argent. Lorsqu’un client fait escompter un billet chez un banquier, il s est dessaisi de toute propriété sur ce billet comme sur tout autre article qui se vend. Le billet devient la propriété absolue du banquier, qui peut le vendre, l’engager, en faire toutcequi lui conviendra. S’il s’agissait d’un prêt’du banquier à son client, le devoir de celui-ci serait évidemment de rembourser ce prêt au temps voulu, et de retirer ses billets, qui n’auraient été déposés chez le banquier que comme un gage, qui seraient rendus lors du remboursement du prêt, et dont le banquier n’aurait pas eu le droit de se dessaisir. Mais il n en est rien. Le banquier n’est pas payé par son client, mais par l’accepteur du billet, et il a parfaitement le droit de vendre la dette à un tiers. D’un autre côté, dans quelques cas, un client emprunte de l’argent en donnant ses billets en gage ; alors il rembourse le prêt et relire ses billets. Mais ces cas sont rares et étrangers aux opérations ordinaires d’escompte.

Ainsi, les chèques sont une autre forme des billets de banque, et ils étaient destinés à les remplacer. Dans tous les cas où l’on s’en sert aujourd’hui, un billet de banque aurait été nécessaire s’ils n’avaient été inventés. Mais ils n’en sont pas les exacts équivalents, car, dans beaucoup de cas où les billets de banque circulent, les chèques ne circulent pas. Si donc, dans chaque cas où un chèque passe, des billets de banque passeraient aussi ; l’inverse n'a pas lieu, et le système des chèques ne déplace pas autant d’espèces que les billets de banque. Or, on suppose quelquefois que les banques qui émettent des billets, et sont appelées banques d’émission, sont les seules à opérer avec leur crédit, et que les autres opèrent avec des espèces.

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