I. LES DOCTRINES
On a vu combien cette opinion est erronée. Toutes les banques sont, scientifiquement parlant, des banques d’émission, au moins toutes celles qui, en Angleterre, achètent des billets à ordre; et l’hypothèse que la législation peut empêcher les banques d’user du crédit en prohibant l’émission de leurs billets, est une des plus grandes illusions qu’on ait jamais entretenues.
Il résulte des considérations ci-dessus"qu’un négociant fait du commerce avec le crédit, et qu’un banquier fait le commerce du crédit. Le premier offre en vente au second des dettes payables au bout d’un certain terme, et le banquier, d’un trait de plume, les transforme en dettes payables instantanément, qui jouent dans le commerce le même rôle que les espèces. Il réalise exactement le même profit, en créant en faveur de son client un crédit, que s’il lui donnait de l’argent comptant. Il s’ensuit évidemment que le crédit de banque est un capital de banque. Puisqu’il a été établi précédemment que le crédit commercial est un capital commercial, et que tout crédit est commercial ou de banque, on arrive à cette conclusion générale, que le crédit est du capital.
On comprend ainsi, par les développements qui précèdent, l’énormité de l’erreur de ceux qui pensent que les banques n’ajoutent pas au capital, qu'elles ne font que distribuer le capital existant. 11 est d'une incontestable vérité qu'aucun système de banque ne peut créer des espèces métalliques. Mais si, par leur crédit, les banquiers peuvent mettre en circulation leurs promesses de payer, si ces promesses sont volontairement reçues par le public, à la même valeur que les espèces, elles sont, dans la proportion où leur nombre dépasse la quantité des espèces entre les mains du banquier, une addition., pour tous effets, au capital existant. Car non-seulement le banquier épargnera l'usage de l’argent dans une multitude de cas où
1 on en aurait besoin s'il n’existait pas de banque; nonseulement il donne la liberté à cet argent, le met à même de servir au développement du commerce; ce qui, en réalité, revient à une addition de monnaie; mais, en multipliant en outre ses promesses de payement, il augmente sur une immense échelle la force motrice du commerce.
Les banques sont donc les plus puissants mécanismes pour l'accroissement delà force motrice de toute quantité du capital qu’on peut imaginer, tout en maintenant la valeur de la circulation monétaire au niveau de celle du lingot. John Law disait avec raison : «L’introduction d’un crédit au moyen d’une banque augmente la quantité d’argent en une année plus qu'un commerce prospère ne le ferait en dix ans. » A mesure que les opérations de banque se multiplient, elles augmentent la puissance productive de la société. On a déjà signalé la grande vertu des chemins de fer pour diminuer la quantité de capital nécessaire à satisfaire aux demandes de marchandises. Le développement de l’industrie des banques agit exactement de même, et plus puissamment encore; car, non-seulemeiit il économise les matières elles-mêmes sur une grande échelle, mais il fait des promesses de payement l’équivalent du payement immédiat.
C’est précisément dans cette puissance multiplicatrice du capital que réside le principal danger d’un trop rapide développement des opérations de banque. Le taux de l’escompte dépend toujours de la proportion entre le capital et la demande qui en est faite, ou des dettes mises en vente. Un changement soudain de proportion cause dans ce taux les perturbations les plus violentes. Si une quantité extraordinaire de capital est jetée sur le marché, il en résulte une rapide et forte baisse du taux de l’escompte. Or, un trop grand essor des opérations de banque a exactement le même elfet que le