‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 80 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

Paris vers Londres pour acheter des lingots, et les lingots de Paris vers Londres pour acheter des dettes. Les rapports d’échange de l’argent et des dettes obéissent exactement aux mêmes lois que le rapport d’échange entre l’argent et le blé. Par conséquent, les prix des dettes, laissés à toute leur liberté, ont une tendance naturelle à l’équilibre sur les différents marchés.

/VAA

0. Examen des opinions des économistes modernes sou le crédit.

« Dans les deux précédentes sections, nous nous sommes borné à exposer, dans ses détails, le grand système du crédit, et nous avons, autant que possible, évité toute polémique. Mais quiconque est initié aux écrits des principaux économistes depuis l’époque de Turgot jusqu’à ce jour, aura remarqué que ces sections impliquent l’entier renversement des opinions établies sur la matière. C’est donc notre devoir d’examiner ces idées et de signaler où résident des erreurs si généralement répandues. »

Voilà comment M. Macleod commence la troisième partie de son travail sur le crédit, et nous allons le suivre encore sur ce terrain.

Les doctrines modernes du crédit doivent leur origine à un écrit de Turgot, sous la date de 1749, lorsqu’il était encore au collège, âgé de vingt et un ans. Cet écrit a pour titre : Lettre à l’abbé de Cicê sur le papier suppléé à la monnaie, c’était un essai de réfutation du système de Law. .Malheureusement, Turgot ne' comprit jamais en quoi consistait l’originalité de ce système, et sa lettre ne mériterait pas d’être citée ici, si elle ne contenait pas une for-

mule, principe de l’erreur assidûment propagée depuis lois par une longue suite d’auteurs, tant en France qu’en Angleterre. Turgot s exprime ainsi : « En un mot, tout crédit est un emprunt. » Adoptant cette malheureuse phrase de Turgot, qui est une fausse conception du crédit, J. B. Say a été plus loin ; il a imaginé une autre phrase, qui a été répétée sans cesse dans la plupart des ouvrages anglais sur 1 économie politique. « On s’imagine quelquefois, dit-il, que le crédit multiplie les capitaux. Cette erreur qui se trouve fréquemment reproduite dans une foule d’ouvrages, dont quelques-uns sont même écrits ex professo sur l’économie politique, suppose une ignorante absolue de la nature et des fonctions des capitaux. Un capital est toujours une valeur très-réelle et fixée dans une matière ; car les produits immatériels ne sont pas susceptibles d’accumulation, ou un produit matériel nesaulait être en deux endroits à la fois et servir à deux personnes en même temps. » Il considère le crédit comme le prêt d un produit matériel, et il demande comment la même valeur, le même produit matériel peut être dans deux endroits à la fois. Ce mot est resté comme une épigramme contre les auteurs qui soutiennent que le crédit est du capital. Mais qui est-ce qui a dit qu’une chose peut être dans deux endroits à la fois? Qui est-ce qui a fait faire pareille chose au crédit? Une opération à crédit est celle qui s’effectue avec un instrument de crédit, au lieu de s’effectuer avec de l’argent. Quel non sens d’appliquer à cette transaction ce mot qu’une chose ne peut pas être en deux endroits à la fois ! Cette notion erronée serait pardonnable chez ceux qui ont borné le capital à certains produits matériels, tels que la terre, les animaux, le blé ou l’argent. Mais, dans un auteur qui reconnaît formellement aux produits immatériels la qualité de capital, une pareille erreur n’a pas d’excuse; car le crédit est évidem-

Page 1