‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 81 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

ment un capital immatériel, et un capital d’une immense valeur.

M. Macleod aborde ensuite un ouvrage d’un de ses compatriotes, Thornton, lequel est intitulé : Essai sur le crédit de papier ; il y relève les plus graves contradictions, particulièrement au sujet des billets à ordre ; et cette réfutation détaillée le conduit à des conclusions qui élucident la matière.

Lorsqu’un banquier achète des billets à ordre en créant des obligations, il ne s’opère pas une annulation de dettes, mais bien un échange de deux valeurs distinctes. C’est exactement comme si quelqu’un demandait à un autre de lui changer une pièce d’or pour une pièce d’argent. C’est un échange de valeurs. Mais quelques-uns n’admettent pas que le billet à ordre soit une valeur distincte, attendu qu’il est payé en argent. L’argument est spécieux, mais il est détestaWe. S’il était vrai qu’un billet à ordre fût dépourvu de valeur jusqu’à son payement, il s’ensuivrait que l’argent non plus n’a pas de valeur jusqu’à ce qu’il ait servi à acheter quelque chose, et que l’argent n’a pas une valeur distincte de celle des marchandises. L’argent n’est qu’une sorte de billet à ordre d’une portée plus générale. Une pièce d’or n’est reçue que parce qu’elle est un billet auquel tout le monde fait honneur.

L’erreur, qui prévaut encore généralement au sujet des billets à ordre, prévalait également dans le siècle dernier, chez les plus éminents écrivains, au sujet de l’argent. L’argent, disait-on, n’était que le signe de la valeur. Mais un des plus grands services rendus par les économistes du dernier siècle consista à renverser celte idée. L’argent n’est pas un signe de valeur, ou le représentant des marchandises; il est une valeur distincte et indépendante. Celui qui vit de son industrie doit avoir une certaine partie de ses gains en marchandises, en articles de

nécessité par exemple ; mais la partie qu’il n’a pas besoin de dépenser ainsi immédiatement, il peut la conserver pour un besoin futur en argent. Les marchandises qu’il possède sont quelques-uns des fruits de son industrie, et 1 argent forme le reste. L’argent et les marchandises constituent donc des valeurs distinctes, qui s’ajoutent l’une à 1 autre. Lorsqu’on se sert de son argent, sachant qu’on pourra 1 échanger contre des marchandises, l’argent n’est donc pas le représentant des marchandises, pas plus que si un cordonnier échangeait avec un boulanger des souliers contre du pain, on ne pourrait faire des souliers les représentants du pain, et vice versa. Ce sont bien des valeurs distinctes.

L absurdité de l’opinion que l’argent est un signe des marchandises et des valeurs ressort avec éclat dans Montesquieu, et ce qu’il dit sur ce sujet donne l’idée des principes admis par les écrivains du dernier siècle comme le fondement de l’économie politique. « La monnaie, ditil, est un signe qui représente la valeur de toutes les marchandises... De même que l’argent est un signe d’une chose et la représente, chaque chose est un signe de l’argent et le représente ; et l’État est dans la prospérité, selon que, d’un côté, l’argent représente bien toutes choses, et que, d’un autre, toutes choses représentent bien I argent, et qu’ils sont les uns les autres ; c’est-à-dire que sans leur valeur relative on peut avoir l’un si tôt que l’on a 1 autre. » Ainsi Montesquieu affirme gravement que, dans un État prospère, l’argent doit être l’équivalent de toutes les autres valeurs. L’incroyable absurdité de cette proposition conduit à des conséquences que tout esprit réfléchi apercevra. C’était, cependant, la notion généralement admise alors, et les travaux des premiers économistes eurent pour objet delà renverser, ainsi que d’établir que l’argent est une marchandise, une valeur dis-

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