‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 82 sur 187 · I. LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

I. LES DOCTRINES

tincte et non le représentant d’autres valeurs. La possession de cette vérité est le premier fondement d’une science de la monnaie.

Mais la même erreur qui régnait dans la question de f*

l’argent règne aujourd’hui dans celle du crédit, et elle a ;f

été propagée par ceux mêmes qui avaient établi les véritables doctrines sur la question de l’argent. Par le même raisonnement qui fait de l’argent une valeur distincte, indépendante des marchandises, on prouve que le crédit est une valeur distincte et indépendante de l’argent et des marchandises. De même que l’argent s’échange contre des marchandises, mais ne les représente pas, le crédit, ou les dettes, s’échange contre de l’argent ou des marchandises, mais ne les représente nullement. Il n’y a aucun argument paraissant tendre à la conclusion, que le crédit n’est pas une valeur distincte, qui ne semble également prouver que l’argent n’en est pas une. Il n’y a non plus ' aucun argument établissant la vérité irréfragable, que l’ar-

gent est une valeur distincte , qui ne démontre également ’ que le crédit en est une aussi; une valeur, du reste, sus-

ceptible de destruction.

L’erreur qui a envahi tous les écrivains modernes sur la matière dérive de ce mot malheureux de Turgot, que le crédit est un emprunt. Le crédit n’est rien de pareil.

Le crédit est une vente, où deux choses sont échangées et où la propriété de chacune d’elles change de main. Le j trait distinctif du crédit est qu’un des objets de l’échange I est une dette ou une promesse de payement. L’erreur dont

I il s’agit repose sur une notion fausse de la source de la

i. I valeur. La valeur est supposée résulter du travail et avoir i\ pour mesure le travail qui l’a produite, tandis que la valeur n’est que la puissance échangeable d’un objet. Or, si quelque objet a des rapports d’échange, c’est-à-dire s’il peut être acheté et vendu, c’est une \aleur réelle. Si

donc les dettes ont des rapports d’échange, si elles peuvent être achetées et vendues, elles sont de véritables valeurs.

On suppose que, parce qu’un billet de banque coûte très-peu à produire, il n’a pas de valeur. Mais ce ne sont pas ses frais de production qui lui donnent sa valeur, c’est ce contre quoi il s’échangera. Un billet de banque a de la valeur, non parce que la production a coûté quelques centimes, mais parce que son porteur sait ou croit qu’il peut en tout temps l’échanger contre une valeur équivalente en marchandises, qu’il a les mêmes qualités échangeables que cinq pièces d’or.

On peut dire que les individus vendent leurs marchandises pour un billet à ordre, seulement parce qu’ils savent qu’un certain jour le billet sera payé. Mais pourquoi vendent-ils leurs marchandises pour de l’argent? Parce qu'ils savent qu’ils peuvent acheter avec de l’argent d’autres marchandises. Lorsqu’un ouvrier écossais contracte pour quelque temps un engagement, il sait qu’il sera payé au moyen d’un billet d’une livre. 11 reçoit volontiers ce billet comme rétribution de son travail, et il s’en sert pour acheter des aliments, des vêtements et toute autre chose, comme si c’était un souverain en or. Un tel billet est considéré, sous tous les rapports, en Écosse, comme l’équivalent d’un souverain. Quel homme sensé peut donc dire que le billet d’une liv. st. n’a pas de valeur? Ce billet est du crédit; quel homme sensé peut lui refuser la qualité de capital? Si une banque peut créer des billets d’une liv. st., qui circulent librement et volontairement dans la population, et y remplissent exactement le même rôle que les souverains en or, quel homme sensé peut contester que cette banque crée une valeur? Diverses parties du pays peuvent être améliorées par l’emploi du capital; si un capitaliste se présentait avec mille souverains, cessou-

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