‹ Une révolution en économie politique [microform]; exposé des doctrines de M. MacleodChapitre 88 sur 187 · LES DOCTRINES · texte numérisé non relu

LES DOCTRINES

peu à peu convaincue qu’il était abominable, et non-seulement l’a fait cesser, mais l’a qualifié de grand crime. Or, il n’y a pas au fond beaucoup de différence dans l idée du système protecteur et dans celle du commerce des esj claves. L’un et l’autre poursuivent le même objet par des

j moyens différents. Tous les deux mettent une certaine

1 classe d’hommes à même de s’approprier les fruits de 1 industrie de leur voisin, l’un par la force brutale, l’autre par la ruse.

« Le système protecteur n’est qu’un moyen pour les producteurs de forcer les consommateurs à leur payer pour leurs marchandises un prix plus élevé qu ils ne 1 auj raient fait autrement. Mais envisageons un cas différent. Supposons que la législature, étant entièrement composée de consommateurs, vote une loi pour défendre aux fermiers de vendre leurs denrées au-dessus d un certain prix I ou de les exporter à l’étranger. Ce serait de la part des consommateurs un procédé analogue a celui de la protec- ' tion de la part des producteurs. Cette forme d’erreur économique n’a pas suffisamment régné en Angleterre pour y recevoir un nom caractéristique, mais c est ce qui a eu lieu en France. Sous le régime de la terreur, lorsque la plupart des produits fuyaient le marché, la Convention vota les lois les plus sévères pour limiter le prix des marchandises ; et ces lois furent appelées les lois du maximum. Ainsi qu’on pouvait le prévoir, elles aggravèrent le

mal.

« Chacun des deux systèmes est erroné, mais en sens opposé ; par la protection, le producteur oblige le consommateur à lui acheter son produit plus qu’il ne vaut ; par le maximum, le producteur est obligé de vendre, au-des-sous du prix, son produit au consommateur. Toute loi qui intervient dans le cours naturel du commerce, qui prétend régler les salaires du travail ou le prix des mar-

chandises, se range nécessairement sous l’une de ces tonnes d’erreur. Toute loi pandlle qui pèche contre l’équité naturelle, plus ou moins, dans un sens ou dans l’autre, et constitue une usurpation d’une classe sur l’autre, et il est clair comme le soleil en plein midi que la seule méthode vraie, juste et convenable, consiste à laisser les choses prendre leur niveau ; ou, en d’autres termes, à adopter et à maintenir l’entière liberté du commerce. Ces deux systèmes erronés sont également des formes de socialisme, car ils interviennent dans les libres transactions de l’industrie ; ils interviennent en particulier pour troubler la valeur naturelle des marchandises. Par conséquent, celle des deux parties qui peut forcer l’autre à se défaire de .ses marchandises dans d’autres conditions que si elle ■ eût conservé sa liberté d’action, est en état de s’approprier une partie de la propriété d’autrui. Et c’est là le fond du socialisme. La protection est le socialisme des producteurs, le maximum est celui des consommateurs.

«L’idée sur laquelle reposait toute cette législation était que les frais de production devaient régir les prix, et que les producteurs avaient droit à des prix rémunérateurs garantis par la loi. Cette idée vint naturellement aux producteurs, et lorsque nous songeons à la composition du parlement à l’époque où ce système de législation était en vogue, nous ne serons pas surpris de ce qu’il ait prévalu. Dans le siècle dernier, il est vrai, des lois avaient été promulguées à différentes époques, en vue de troubler le cours naturel du commerce ; mais la législation des céréales qui, avec diverses modifications, pesa sur l’Angleterre jusqu’à l’heureuse abolition qu’en fit sir Robert Peel, datait de 1815. Or, quel était le parlement à cette époque? Une des chambres était, comme aujourd’hui, composée d’agriculteurs; la seconde aussi d’agriculteurs et des élus des agriculteurs, puis de grands manufacturiers,

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